Wicker
Vu
22 octobre 2026 – Cameo Namur
Année
2026
Réalisation
Alex Huston Fischer & Eleanor Wilson
Durée
105′
Casting
O.Colman, A.Skarsgård, P.Dinklage, E.Debicky, R.E.Grant
À défaut d’homme idéal, autant le fabriquer
Il y a des prémisses cinématographiques si audacieuses qu’elles forcent immédiatement le respect. Présenté à Sundance et à Londres, Wicker, du duo Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson, réussit le pari insensé d’une fable romantique aussi saugrenue qu’envoûtante, adaptée d’une nouvelle d’Ursula Wills-Jones. Cette comédie nous immerge dans un village féodal aux allures de conte des frères Grimm où règne une forme de misogynie ordinaire : les femmes portent des colliers nuptiaux en guise d’alliance, renoncent à leur carrière et s’effacent derrière le métier de leur époux. C’est dans cet univers étouffant qu’évolue la Pêcheuse, marginalisée et raillée pour son odeur de marée. Mais sous les traits d’Olivia Colman — majestueuse dans ce rôle de poissarde gouailleuse et leste en jurons —, l’héroïne refuse de se soumettre. Lasse des brimades, elle commande à l’artisan local (Peter Dinklage, parfait en vannier misanthrope) un époux façonné sur mesure… en osier.

Ce postulat trouve sa force dans une incarnation remarquable. Alexander Skarsgård insuffle sous sa carapace végétale une candeur désarmante, offrant une présence physique vibrante. L’efficacité du film repose sur le choix d’un costume pratique conçu par Weta FX plutôt que sur le tout-numérique, magnifié par un travail sonore bluffant où chaque craquement du bois tressé devient le battement de cœur du couple.
Le long-métrage déploie d’abord une satire sèche et piquante des travers patriarcaux, sublimée par une apparition hilarante de Richard E. Grant. Mais sous ses airs de farce parfois grivoise, l’œuvre propose un miroir étonnamment moderne sur nos relations : cet époux attentionné, aimant et anatomiquement parfait sous les draps, bouscule la communauté et fait rêver les villageoises. Au-delà de la comédie, Wicker esquisse une allégorie fascinante sur l’angoisse de la solitude et sur les compagnons artificiels conçus pour plaire, de Pinocchio à l’intelligence artificielle de Her.

Certes, le récit n’évite pas certains travers du genre. Cette parabole assume une approche très directe de sa morale progressiste, transformant ses villageois en figures parfois stéréotypées. L’équilibre entre absurde comique et drame romantique crée de légers déséquilibres, poussant parfois l’héroïne à agir de manière forcée durant le dernier acte sous les manigances jalouses de l’épouse du tailleur (Elizabeth Debicki). De même, on pourra se poser d’absurdes questions pratiques sur le quotidien d’un homme en bois.
Mais ces réserves s’effacent devant la générosité plastique de la mise en scène, sublimée par la photographie de Lol Crawley, et la chaleur du propos. En s’attaquant avec un humour incisif à la xénophobie et aux stéréotypes de genre, Wicker s’impose comme un conte féministe rafraîchissant, poétique et profondément romantique. Une très belle surprise !
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