Small Prophets

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Cultiver l’espoir en bocal

Qu’y a-t-il de plus profondément humain que le manque d’un être cher et le besoin fondamental d’espoir ? C’est sur cette fibre intemporelle que Mackenzie Crook bâtit Small Prophets, récompensée par le prix de la Meilleure Série au festival Series Mania. Déjà acclamée lors de sa diffusion originale sur BBC Two, cette fable moderne s’impose comme un véritable petit miracle télévisuel. Écrit, réalisé et joué par Crook, ce récit de six épisodes réinvente la comédie « sadcom » en transformant un deuil pesant en un cocon d’humanité et de merveilleux.

L’histoire suit Michael Sleep, incarné par Pearce Quigley dans l’une des plus belles prestations de sa carrière. Michael traverse l’existence en somnambule dans un cul-de-sac d’Urmston, dans la banlieue de Manchester. Depuis la disparition inexpliquée de sa fiancée Clea sept ans plus tôt, sa vie est en stase. Entre un travail morose dans une grande surface de bricolage — où cet homme décent préserve sa santé mentale en piégeant les clients crédules — et les visites à son père Brian (l’immense Michael Palin, touchant en résident de maison de retraite), Michael stagne. C’est pourtant ce père à la mémoire vacillante qui lui insuffle une idée farfelue issue d’une recette d’alchimie du XVIe siècle : cultiver de minuscules homuncules dans des bocaux pour découvrir ce qu’il est advenu de Clea.

Crook réussit l’exploit d’installer l’étrange au cœur du quotidien le plus banal, rappelant l’art d’un David Lynch trouvant le mystère sous la surface des choses. L’intrusion du surnaturel — magnifiquement matérialisée par l’animation en stop-motion d’Ainslie Henderson et Will Anderson — ne dénature jamais la matière réaliste du récit. Portée par la mélodie envoûtante de Cinder Well, la série installe un rythme apaisé. Michael doit continuer d’aller travailler, de supporter un manager despotique (Crook lui-même), d’esquiver la menace d’un beau-frère (Paul Kaye) à la recherche d’un livre d’art rare, et de faire face à des voisins un brin caricatureurs mais inoffensifs (Jon Pointing et Sophie Willan).

La véritable force de Small Prophets réside dans son humanité et ses liens intergénérationnels. La complicité platonicienne qui se tisse dans la remise du jardin entre Michael et sa jeune collègue Kacey (Lauren Patel, véritable révélation) offre l’une des amitiés les plus touchantes de la télévision récente. Ensemble, ils créent un havre de paix face à un monde absurde, abordant cette quête magique avec une simplicité typiquement britannique.

Si la série aborde en filigrane des thèmes sombres — la solitude et le regret —, elle s’avère extrêmement drôle, portée par un humour sec et absurde. Small Prophets est une œuvre généreuse, un remède à la brutalité du monde qui rappelle qu’il existe toujours de la magie à portée de main pour qui sait regarder.

Scénario
3.5/5

Acting
4/5

Image
3.5/5

Son
4/5

Note globale
75%

Depuis la disparition inexpliquée de sa fiancée, Michael végète dans une existence morose jusqu’à ce qu’une étrange recette alchimique lui ouvre une voie inattendue pour percer le mystère. Entre quotidien britannique désenchanté, fantastique artisanal et humour absurde, Small Prophets transforme le deuil en une quête poétique portée par des personnages profondément attachants. Cette fable délicate, aussi drôle qu’émouvante, célèbre les liens humains et la magie qui subsiste au cœur des jours ordinaires.

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