Soudain

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Une promesse humaniste lestée par une lourdeur didactique

Le cinéma de Ryusuke Hamaguchi nous a habitués à une finesse dialectique rare, où la parole se fait action et où la complexité des êtres se révèle au fil de longs échanges suspendus. Avec Soudain (long-métrage marathon de plus de trois heures), le cinéaste japonais pose sa caméra entre Paris et Kyoto pour s’emparer d’un sujet d’une brûlante actualité : la crise du soin, l’isolement des aînés et la possibilité d’une compassion authentique face aux logiques implacables du capitalisme tardif. Si l’entreprise force le respect par sa générosité de cœur, le résultat se révèle paradoxal, oscillant entre grâces formelles et lourdeurs programmatiques.

Le film suit Marie-Lou (Virginie Efira, lumineuse et habitée), directrice d’un établissement pour personnes âgées qui tente d’appliquer l’« humanitude », une méthode de soins fondée sur le regard, la douceur, le toucher et la verticalité pour redonner de la dignité aux résidents. Sa trajectoire bascule lorsqu’elle croise la route d’un adolescent autiste et de son grand-père, liés à une metteuse en scène japonaise, Mari (Tao Okamoto). Entre les deux femmes naît immédiatement une communion spirituelle et intellectuelle profonde, redoublée par le compte à rebours tragique de la maladie incurable de Mari.

Certes, le long-métrage trouve par instants une beauté contemplative. Dans ses moments les plus apaisés — une toilette prodiguée en silence au milieu de la nuit, l’étreinte d’un plan-séquence nocturne ou une aube lumineuse sur les hauteurs de Kyoto —, Hamaguchi capte la fragile beauté de l’existence. La complicité entre Efira et Okamoto insuffle à l’œuvre une énergie vitale poignante.

Malgré tout, l’édifice pèche par un didactisme encombrant. Le scénario choisit constamment d’expliciter ses thèses plutôt que de les incarner dramatiquement. On pense notamment à cette fameuse scène de tableau blanc dans la salle de repos, où les enjeux géopolitiques et économiques du soin sont assénés de manière un brin artificielle. De la même façon, les oppositions institutionnelles — incarnées par une infirmière sceptique — peinent à faire naître un véritable débat nuancé, tant le point de vue du film est unilatéralement vertueux. Les personnages secondaires et les situations (notamment l’utilisation scénique de l’autisme) frôlent parfois la naïveté, privant le récit d’une nécessaire complexité morale.

On sort de Soudain partagé. S’il offre de superbes fulgurances poétiques et célèbre avec ferveur la puissance salvatrice de la conversation et de l’empathie, son refus de la nuance et sa durée excessive transforment son grand manifeste humaniste en une œuvre par instants étouffée par ses propres bonnes intentions. Un beau geste de cinéma, mais terriblement dispensable dans ses longueurs.

Scénario
2/5

Acting
3/5

Image
2/5

Son
2/5

Note globale
45%

Entre Paris et Kyoto, une directrice d’établissement pour personnes âgées défend une approche profondément humaine du soin, tandis qu’une rencontre bouleversante l’amène à confronter l’empathie à la maladie et à la finitude. Porté par Virginie Efira et Tao Okamoto, Ryusuke Hamaguchi signe un drame contemplatif aux fulgurances poétiques sur la dignité et la solidarité. Malgré sa sincérité et sa beauté formelle, le film s’enlise parfois dans un discours trop didactique et une durée excessive.

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