Clayface
Vu
29 octobre 2026 – Palace Liège
Année
2026
Réalisation
James Watkins
Durée
108′
Casting
T.R.Harries, N.Ackie, D.Dencik, M.Minghella, J.James, E.Marsan
La beauté a un prix, et il est monstrueux
Alors que les super-blockbusters aux budgets pharaoniques peinent à renouveler leurs formules, Clayface déboule sur les écrans comme une anomalie rafraîchissante. Produite pour un budget modeste de 30 à 40 millions de dollars, cette genèse d’un des monstres emblématiques de Gotham préfère délaisser les collants et les références pesantes d’univers étendu pour embrasser pleinement le cinéma de genre. Il n’y a ici aucun « devoir de vacances » cinématographique à réviser : le film de James Watkins s’impose comme une proposition autonome, sanglante et résolument mature.
L’histoire suit Matt Hagen (Tom Rhys Harries), jeune comédien au sommet de sa séduction et à la veille d’une nomination aux Oscars. Son destin bascule lorsqu’il séduit la compagne d’un redoutable parrain de la pègre locale. La punition est immédiate et brutale : son visage, son outil de travail et son passeport pour la gloire, est sauvagement mutilé au couteau. Ruiné et défiguré, Hagen se tourne vers le docteur Caitlyn Corr (Naomi Ackie), une chercheuse testant une technologie cellulaire expérimentale. La guérison dépasse toutes les attentes : le comédien retrouve son physique d’Apollon, mais son corps acquiert une plasticité organique totale et incontrôlable.

Sur le plan visuel et sensoriel, Clayface ne vole pas son classement averti. Watkins, coépaulé au scénario par Mike Flanagan et Hossein Amini, orchestre une véritable orgie de body horror physique et numérique. Entre prothèses visqueuses et mutations saisissantes, le film enchaîne les séquences chocs : un affrontement étouffant dans les toilettes d’un avion à fond de turbulences, un massacre cauchemardesque en boîte de nuit, ou encore cette image troublante où le visage de Hagen prend les traits de sa bienfaitrice en plein songe. On pense autant à la démence viscérale de The Fly qu’à la satire chirurgicale de The Substance. Dans le rôle-titre, Tom Rhys Harries livre une prestation convaincante, oscillant avec aisance entre le charme hollywoodien et la détresse d’un monstre brisé.
Cependant, le long-métrage peine à maintenir une cohérence thématique et narrative sur toute sa longueur. Clayface effleure de grands sujets — la vanité du statut de célébrité, la superficialité de l’industrie du spectacle ou la névrose de l’identité —, mais hésite constamment sur la posture à adopter face à son protagoniste. Victime tragique d’un système cruel ou sociopathe ivre de vengeance ? Le récit balance entre le drame intime et le pur revenge movie, laissant flotter des sautes de ton et des imprécisions de montage regrettables, notamment lors d’un acte initial précipité. De plus, la direction artistique peine parfois à donner une réelle profondeur visuelle à Gotham, lui donnant par moments des airs de simple décor de studio.

En dépit de ces faiblesses d’écriture qui l’empêchent de rivaliser avec les grandes œuvres du genre, Clayface reste un divertissement macabre et généreux. Une série B décomplexée qui prouve qu’il reste encore de la place pour l’expérimentation plastique dans le cinéma de comics.
Si vous avez aimé : The Substance (2024), Titane (2021), La Piel que habito (2011), Darkman (1990), The Fly (1986), The Thing (1982)

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