Coward
Vu
22 octobre 2026 – Cameo Namur
Année
2026
Réalisation
Lukas Dhont
Durée
127′
Casting
E.Macchia, V.Campagne, W.De Schryver, O.Vauthier
Le théâtre comme dernière tranchée
Avec Coward, le cinéaste belge Lukas Dhont quitte le cadre contemporain de Girl et Close pour transposer sa sensibilité visuelle et son exploration de la masculinité vulnérable en plein cœur de la Première Guerre mondiale. En plongeant deux jeunes soldats belges au milieu du chaos du front de l’Ouest, le réalisateur signe une œuvre à la fois brutale et d’une tendresse troublante, trouvant une forme d’évasion poétique dans le théâtre de guerre.

L’histoire suit Pierre, un jeune fils de fermier taciturne et dépassé par l’horreur des combats, et Francis, un tailleur devenu metteur en scène passionné d’une troupe théâtrale militaire. Pour remonter le moral des troupes — qu’il s’agisse d’amuser les soldats, de réconforter les blessés ou de jouer devant des hauts commandants —, Francis monte des revues audacieuses allant de la farce populaire à des performances en drag. C’est au cœur de cet espace scénique, véritable parenthèse d’évasion où les normes de genre volent en éclats, que Pierre trouve un refuge. De simples coups de main en coulisses à une participation active sur scène, une attirance mutuelle et passionnée s’installe entre les deux hommes.
La grande force du film réside dans la prestation captivante de son duo principal, primé à Cannes. Emmanuel Macchia, impressionnant d’authenticité pour son tout premier rôle, incarne Pierre avec une retenue poignante, traduisant à merveille le poids du masque masculin imposé par l’armée. Face à lui, Valentin Campagne apporte une énergie flamboyante et magnétique au personnage de Francis. La caméra portée de Frank van den Eeden capte leurs regards avec une grande proximité : les tons pastel et poudrés du théâtre s’opposent aux couleurs crues de la guerre, offrant un contraste saisissant entre la poussière des tranchées et la moite sensualité de cet amour clandestin. Le reste du casting, notamment l’excellent Willem De Schryver, apporte une belle humanité à cet ensemble de jeunes recrues.

Tout n’est pas irréprochable. Si la première partie impressionne par sa manière d’aborder la camaraderie et le théâtre comme un rempart contre la déshumanisation, la seconde moitié cède davantage aux codes plus classiques du mélodrame amoureux. La tentation de la désertion, le rythme qui s’adoucit et quelques choix narratifs plus prévisibles ou appuyés en fin de récit empêchent la romance d’atteindre la perfection brute de son ouverture.
Il n’en demeure pas moins que Coward est une proposition forte et singulière dans le paysage du film de guerre. En débarrassant son cinéma des artifices choquants de ses débuts, Lukas Dhont livre un drame historique captivant, porté par une mise en scène soignée et une vision touchante de la vulnérabilité masculine.
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