Primetime
Vu
22 octobre 2026 – Cameo Namur
Année
2026
Réalisation
Lance Oppenheim
Durée
109′
Casting
R.Pattinson, M.Wever, S.Gisondo, P.Bridgers, M.Maher
Les monstres sont aussi derrière la caméra
Premier long-métrage de fiction du documentariste Lance Oppenheim, Primetime plonge tête baissée dans la fange télévisuelle et la pourriture morale des années 2000. Librement inspiré des coulisses de l’émission To Catch a Predator, le film tente de décortiquer la mécanique d’extorsion et de voyeurisme de ces pièges tendus en direct à des prédateurs présumés. Portée par une esthétique poisseuse en 16mm aux couleurs saturées, l’œuvre capture à merveille la laideur plastique et la nostalgie toxique de l’ère vidéo. Malheureusement, ce vernis formel ne parvient jamais à masquer la vacuité de son propos.

Dès les premières scènes, Robert Pattinson livre une performance déconcertante, incarnant l’animateur Chris Hansen comme un automate déconnecté de toute humanité. Ce présentateur aux allures de démon de studio répète minutieusement ses répliques grinçantes, incapable de discerner le vrai du faux. Entre une vie privée marquée par l’adultère et une guerre d’audience acharnée contre des poids lourds comme Lost, le personnage s’enfonce dans une obsession dévorante pour la quête du « gros poisson » — jusqu’au drame final, déclenché par la traque d’un haut fonctionnaire texan qui mettra fin à ses jours.
Autour de cette figure centrale gravitent des collaborateurs tout aussi corrompus : une productrice ambitieuse incarnée avec une poigne glaciale par Merritt Wever, une taupe androgyne jouée par Phoebe Bridgers, ou encore le fondateur névrosé du groupe d’activistes Perverted Justice, interprété par Matthew Maher. Au milieu de ce cirque cynique, le jeune comédien Dan Plum (Skyler Gisondo), engagé comme appât, tente désespérément de faire entendre une voix morale. Il incarne le cœur brisé du récit, mais sa chute et sa perte d’innocence au nom d’un simple ticket vers la notoriété finissent par alourdir encore davantage l’atmosphère.

Le principal défaut de Primetime réside dans son choix de rester en surface. À force de se complaire dans une surenchère de laideur et de cynisme, le film adopte exactement les travers du média qu’il prétend critiquer. Les victimes réelles d’abus sont totalement occultées au profit d’un spectacle voyeuriste où la déchéance d’hommes brisés sert de divertissement de masse. L’écriture s’éparpille dans de fausses équivalences thématiques et s’égare dans une conclusion néo-gothique alambiquée, usant d’effets horrifiques et de survolatilité dramatique pour compenser un manque manifeste de rigueur juridique et de profondeur morale.
Visuellement marquant et porté par un casting investi — où se glisse même l’ancien patron de réseau Jeff Zucker dans son propre rôle —, Primetime s’avère être une coquille vide. Le film patine sur sa propre virtuosité, offrant une imitation brillante mais fondamentalement stérile de la comédie humaine. Un spectacle à la fois fascinant et profondément étouffant qui laisse un goût amer.
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