DTF St. Louis
Épisodes vus
7/7
Année
2026
Plateforme
HBO Max
Durée
45-60′
Casting
L.Cardellini, D.Harbour, Bateman, J.Sunday, R.Jenkins
La banlieue a ses petits secrets
Au premier abord, la banlieue résidentielle de St. Louis ressemble à un désert pavillonnaire où les rues sont désertes et où la vie semble figée. Pourtant, derrière cette façade lisse se cache une faune humaine bien plus excentrique qu’il n’y paraît. Comme le résume l’un des utilisateurs de l’application de rencontres qui donne son titre à la série : « Personne n’est normal ; ça en a juste l’air depuis le trottoir d’en face. » Le problème, c’est qu’il n’y a quasiment personne sur le trottoir d’en face.

Créée, écrite et réalisée par Steven Conrad, la mini-série s’impose comme un thriller burlesque et une comédie noire irrésistible. Le récit démarre par l’amitié improbable entre deux hommes d’âge mûr : Clark Forrest (Jason Bateman, magistral en présentateur météo accro à son vélo couché) et Floyd Smernitch (David Harbour, bouleversant d’humanité), son interprète en langue des signes. Leur complicité naît dans le chaos d’un reportage où Floyd sauve in extremis Clark d’un panneau de signalisation volant qui menaçait de le décapiter. Entre mariages essoufflés, insatisfactions intimes et le poids des années, Clark convainc Floyd de s’inscrire sur DTF St. Louis, une application locale destinée aux couples mariés en quête de piment extraconjugal.

Mais lorsqu’une mort suspecte survient au fond d’une piscine municipale hors saison, la série bascule habilement dans l’enquête policière. Un duo de détectives dépareillé — l’un désabusé (Richard Jenkins), l’autre « porn-positive » (Joy Sunday) — tente alors de démêler ce sac de nœuds suburbain. Librement inspiré d’un article du New Yorker, le scénario regorge de détails réjouissants : des répliques entêtantes de Carol (Linda Cardellini, l’épouse de Floyd qui s’essaie à l’arbitrage de baseball), jusqu’aux séances de rôle-play insolites en motel, en passant par les dilemmes de santé de la quarantaine.
Ce qui aurait pu n’être qu’une farce cynique sur la crise de la quarantaine devient, sous le regard de Conrad, une œuvre d’une grande vulnérabilité. Là où d’autres fictions condamneraient la double vie de leurs personnages, la série adopte une démarche chaleureuse : l’excentricité n’y est pas un ridicule, mais un appel à embrasser ses fêlures et à refuser la tiédeur des « notes moyennes » de la vie d’adulte. Portée par un casting d’exception où Harbour livre l’une de ses meilleures prestations et où Bateman manie à la perfection son aura d’homme ordinaire légèrement troublant, DTF St. Louis équilibre à merveille l’absurde, la tension du whodunit et une poignante mélancolie.

Même si le rythme s’étire légèrement en milieu de parcours, la finesse de l’écriture et la justesse des interprètes emportent tout sur leur passage. Célébration touchante de nos jardins secrets et de nos imperfections, la série s’impose comme un rendez-vous captivant et profondément humain. Une grande réussite à savourer sur HBO Max !
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