Coyote vs. Acme

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Entre folie burlesque, comédie judiciaire et satire politique

Parmi les figures mythiques de l’animation, Wile E. Coyote occupe une place tragique. Seul dans un désert épuré, ce héros obstiné endure une futilité digne des personnages de Beckett ou du mythe de Sisyphe. Face au Bip Bip, il s’acharne à utiliser des gadgets sophistiqués mais défaillants fournis par la multinationale Acme — des chaussures-fusées aux rochers déshydratés —, finissant inévitablement broyé par une enclume ou précipité au fond d’un ravin. En condensant cette fatalité existentialiste en quelques minutes muettes, le récit pose une question cinglante : à quoi bon pousser indéfiniment son rocher dans un système où nous sommes à la fois dépendants et complices de nos bourreaux ?

Inspiré du billet humoristique d’Ian Frazier dans le New Yorker, le film a failli subir le même sort absurde que son héros : archivé par Warner Bros pour des raisons fiscales avant d’être sauvé par Ketchup Entertainment. Un épisode du monde réel qui miroir habilement la satire anti-monopole de l’œuvre. Réalisé par Dave Green et écrit par Samy Burch, Coyote vs. Acme transforme cette guerre d’usure en un réjouissant mélange des genres : un thriller judiciaire à la Erin Brockovich, une comédie de potes aux accents « Capra-esques » et une satire politique grinçante, embrassant le même concept hybride que Who Framed Roger Rabbit.

Pour affronter le géant Acme, dirigé par le truculent Foghorn Leghorn et défendu par un avocat au charisme alpha (John Cena), le Coyote fait appel au cabinet miteux « Avery, Jones et Maltese » — clin d’œil savoureux aux légendes de l’animation. C’est là qu’intervient Kevin Avery (remarquable Will Forte en figure d’homme ordinaire effrayé par l’échec) et sa jeune stagiaire idéaliste (Lana Condor). Le duo entre l’avocat pessimiste et le canidé obstiné fonctionne à merveille, Forte jouant le rabat-joie idéal face au burlesque physique de son partenaire virtuel. Rempli d’Easter eggs réservés aux passionnés (de l’apparition de Peter Lorre en scientifique à une poule jurée, en passant par Luis Guzmán en juge impassible ou le Tasmanian Devil), le film déploie une énergie loufoque et inventive.

Toutefois, ce parti pris pousse le film vers une pédanterie hyperactive et une obsession maniaque qui peuvent s’avérer épuisantes. Si la formule fonctionne à merveille sur un court-métrage de six minutes, elle s’essouffle quelque peu sur plus de 100 minutes. Le scénario souffre de répétitions narratives autour de la conspiration d’Acme et se montre parfois moins ingénieux que d’autres comédies du genre comme Bee Movie. De plus, en recadrant l’ancien prédateur en victime modèle et en lui insufflant une quête émotionnelle, l’œuvre troque une partie de l’amoralité jubilatoire et de la violence slapstick des cartoons d’origine contre une morale plus consensuelle.

Malgré ces légers défauts de rythme et de ton, Coyote vs. Acme demeure une comédie originale, drôle et étrangement touchante, sachant célébrer la nostalgie burlesque tout en offrant une critique mordante du capitalisme contemporain.

Scénario
3.5/5

Acting
3/5

Image
4/5

Son
3/5

Note globale
67.5%

En transformant les mésaventures de Wile E. Coyote en bataille judiciaire contre la multinationale Acme, Coyote vs. Acme mêle comédie burlesque, satire anticapitaliste et hommage nostalgique à l’animation. Portée par un duo attachant et une galerie de références savoureuses, cette aventure décalée dénonce les dérives des grandes entreprises avec humour. Malgré quelques répétitions et un rythme inégal, le film séduit par son originalité et son étonnante sensibilité.

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