Oasis: Don’t Look Back In Anger
Vu
15 octobre 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
Dylan Southern & Will Lovelace
Plateforme
Disney+
Durée
128′
La réconciliation en mode majeur
Dix-sept ans après le fracassant pugilat des coulisses de Rock en Seine, la hache de guerre est enfin enterrée. Capturant l’immense tournée de retrouvailles de 2025, Oasis: Don’t Look Back In Anger, réalisé par Dylan Southern et Will Lovelace sur un concept de Steven Knight, dépasse le simple film de concert pour immortaliser un véritable phénomène culturel intergénérationnel.

Dès l’ouverture, le documentaire pose un postulat à la fois satirique et audacieux : et si la séparation des frères Gallagher en 2009 avait enclenché le dérèglement du monde moderne ? Face à un marasme social global, le retour du rock mancunien résonne comme une parenthèse cathartique. La grande réussite du métrage réside dans cette approche « zoom-dézoom » : partir de la réunion intime dans les studios pour s’élargir à ce que cette musique représente dans le quotidien de millions de gens. De Manchester à Buenos Aires, des pères et fils en bob Kangol aux rescapés du drame de l’Ariana Grande, le film capte la ferveur quasi spirituelle d’une foule en communion, unie par le besoin de s’évader.
Côté coulisses, les Gallagher s’imposent à nouveau comme un duo comique irrésistible. Désormais assagies mais toujours cinglantes, les figures du rock britannique affichent une sagesse bienvenue. Liam, zen mais toujours aussi magnétique à son micro, enchaîne les répliques savoureuses (dont son agacement immédiat face aux panneaux de la batterie dès les répétitions), tandis que Noel joue les observateurs lucides, admettant avec une poignante sincérité la joie de voir leurs enfants enfin réunis.

Pourtant, le film n’est pas exempt de défauts. À force de vouloir ériger la tournée en messe solennelle de la réconciliation, la mise en scène s’aventure sur un terrain parfois exagérément sentimental et lisse. Entre la tirade d’un prêtre sur le pardon et des métaphores sur-écrites (comme cette parenthèse sur des plongeuses sud-coréennes), le récit frôle le hors-sujet. De plus, le documentaire esquive très soigneusement les sujets embarrassants : les raisons profondes du split original sont passées sous silence, la controverse moderne sur le prix exorbitant des billets est évitée, et les musiciens accompagnateurs — à l’exception d’un hommage émouvant au regretté Mani des Stone Roses — sont quasiment invisibilisés. Quant à la captation scénique, elle reste assez convenue, privilégiant les gros plans sur Liam et les océans de bras levés plutôt que l’innovation visuelle, même si la photographie soignée et la conception sonore dévastatrice sauvent l’immersion.
Malgré un calibrage très « fan-service » et une prudence médiatique évidente, il est impossible de résister à l’énergie euphorique et à la charge émotionnelle du métrage. En immortalisant des stades entiers entonnant Champagne Supernova ou Wonderwall les yeux embrumés, Don’t Look Back In Anger offre un témoignage vibrant sur le pouvoir d’union de la musique. Une célébration imparfaite mais profondément humaine, qui s’impose comme l’un des grands événements cinématographiques de l’année.
Si vous avez aimé : blur: To the End (2024), The Beatles: Get Back (2021), Bros: After the Screaming Stops (2018), Supersonic (2016), Live Forever: The Rise and Fall of Brit Pop (2003)

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