Garance
Vu
6 octobre 2026 – Cameo Namur
Année
2026
Réalisation
Jeanne Herry
Durée
115′
Casting
A.Exarchopoulos, S.Giraudeau, M.Roehrich, S.Drillaud, A.Suarez
Une dépendance racontée avec chaleur, mais sans aspérités
En confiant le rôle-titre de son quatrième long-métrage à Adèle Exarchopoulos, Jeanne Herry abandonne le film choral pour esquisser le portrait intime d’une comédienne intermittente sombrant peu à peu dans l’alcoolisme. Chroniquant huit années de déménagements, de galères de théâtre, de fêtes et d’angoisse, Garance tente d’aborder la dépendance sous un angle résolument humain et chaleureux.

La force majeure du récit réside dans son refus du misérabilisme. Loin de la figure du martyr isolé qui noie son désespoir dans un verre, Garance est dépeinte comme une femme vivante, drôle, entourée d’amitiés sincères et d’un amour salvateur avec Pauline (formidable Sara Giraudeau). Le film saisit à merveille la précarité du métier d’actrice — entre castings ingrats et spectacles pour enfants — tout en montrant avec subtilité l’infiltration insidieuse de la boisson dans une routine mondaine où le déni prime sur la prise de conscience. Adèle Exarchopoulos porte l’œuvre avec une vitalité débordante, naviguant sans artifice ni caricature entre ivresse joyeuse et vulnérabilité poignante.
Cependant, cette approche se heurte rapidement à des choix de mise en scène discutables. En privilégiant les ellipses et le hors-champ pour éluder les scènes de déchéance les plus crues, le film tend paradoxalement à édulcorer la brutalité de la maladie. La bascule narrative, qui intervient tardivement via une scène d’intervention, s’avère téléphonée, tout comme le traitement du sevrage qui manque singulièrement de crédibilité médicale et psychologique. L’ajout tardif d’un drame familial — la maladie de la sœur — alourdit inutilement un scénario qui cherche à arracher les larmes au détriment de l’authenticité.

Bien que la réalisation s’efface intelligemment derrière ses interprètes et propose de beaux instants romanesques, l’ensemble apparaît parfois trop lisse, morcelé et formellement mou. En oscillant constamment entre drame poignant et pudeur excessive, Jeanne Herry signe une œuvre profondément bienveillante mais dont le traitement reste trop superficiel pour marquer durablement. Un portrait nuancé et touchant, sublimé par son actrice, mais qui peine à surmonter les facilités de sa dernière partie.
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