Garance

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Une dépendance racontée avec chaleur, mais sans aspérités

En confiant le rôle-titre de son quatrième long-métrage à Adèle Exarchopoulos, Jeanne Herry abandonne le film choral pour esquisser le portrait intime d’une comédienne intermittente sombrant peu à peu dans l’alcoolisme. Chroniquant huit années de déménagements, de galères de théâtre, de fêtes et d’angoisse, Garance tente d’aborder la dépendance sous un angle résolument humain et chaleureux.

La force majeure du récit réside dans son refus du misérabilisme. Loin de la figure du martyr isolé qui noie son désespoir dans un verre, Garance est dépeinte comme une femme vivante, drôle, entourée d’amitiés sincères et d’un amour salvateur avec Pauline (formidable Sara Giraudeau). Le film saisit à merveille la précarité du métier d’actrice — entre castings ingrats et spectacles pour enfants — tout en montrant avec subtilité l’infiltration insidieuse de la boisson dans une routine mondaine où le déni prime sur la prise de conscience. Adèle Exarchopoulos porte l’œuvre avec une vitalité débordante, naviguant sans artifice ni caricature entre ivresse joyeuse et vulnérabilité poignante.

Cependant, cette approche se heurte rapidement à des choix de mise en scène discutables. En privilégiant les ellipses et le hors-champ pour éluder les scènes de déchéance les plus crues, le film tend paradoxalement à édulcorer la brutalité de la maladie. La bascule narrative, qui intervient tardivement via une scène d’intervention, s’avère téléphonée, tout comme le traitement du sevrage qui manque singulièrement de crédibilité médicale et psychologique. L’ajout tardif d’un drame familial — la maladie de la sœur — alourdit inutilement un scénario qui cherche à arracher les larmes au détriment de l’authenticité.

Bien que la réalisation s’efface intelligemment derrière ses interprètes et propose de beaux instants romanesques, l’ensemble apparaît parfois trop lisse, morcelé et formellement mou. En oscillant constamment entre drame poignant et pudeur excessive, Jeanne Herry signe une œuvre profondément bienveillante mais dont le traitement reste trop superficiel pour marquer durablement. Un portrait nuancé et touchant, sublimé par son actrice, mais qui peine à surmonter les facilités de sa dernière partie.

Scénario
3/5

Acting
3.5/5

Image
3/5

Son
3/5

Note globale
62.5%

Jeanne Herry dresse le portrait sensible d’une actrice en lutte contre l’alcoolisme, en privilégiant l’empathie et les liens humains plutôt qu’une vision sombre et misérabiliste. Porté par une Adèle Exarchopoulos remarquable, le film explore avec justesse la précarité du métier et l’emprise progressive de l’addiction. Malgré de beaux moments d’émotion, son traitement parfois trop pudique et certaines facilités scénaristiques atténuent l’impact de ce récit pourtant touchant.

Votre commentaire

  1. Petite déception si je comprends bien. Un peu trop bienveillant, c’est aussi l’impression qui ressort de la bande-annonce, et m’avait dissuadé de m’y atteler. Pourtant j’aime beaucoup Adèle et Sara Giraudeau. Finalement, un film de plus sur l’alcoolisme ?

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    1. C’est tout à fait ça. C’est loin d’être un mauvais film, et le duo Exarchopoulos/Giraudeau fonctionne vraiment très bien, mais le traitement manque d’un peu de poigne et de prise de risque.
      Sur le sujet de l’alcoolisme, le film apporte un regard intéressant en évitant le misérabilisme habituel et en montrant l’aspect « social » de la maladie, mais il s’édulcore trop dans sa seconde moitié pour dépasser le cadre d’un drame classique.
      À voir éventuellement à l’occasion pour le jeu des actrices, mais ce n’est pas un indispensable en salle ! 😉

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