Sense and Sensibility

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Les filles Dashwood à nu, une Austen plus sauvage

Trente-et-un ans après l’adaptation culte signée Ang Lee et Emma Thompson, porter à nouveau Sense and Sensibility à l’écran relevait du pari risqué. La réalisatrice Georgia Oakley (Blue Jean) et la scénariste Diana Reid relèvent pourtant le défi avec une proposition audacieuse, sombre et profondément terrestre. En ancrant le récit dans un naturalisme parfois rugueux tout en restant fidèle au texte de 1811, elles proposent une relecture moderne, à la fois intime et visuellement captivante.

Dès les premières minutes, le récit met en lumière la réalité matérielle qui sous-tend l’œuvre : la précarité financière des femmes face aux lois d’héritage strictes. Expulsées du domaine familial par une belle-sœur à la sécheresse piquante (Stacy Martin), la veuve Dashwood et ses filles doivent rebâtir leur existence dans un modeste cottage du Devonshire. C’est dans ce décor insulaire que s’affronte la dualité des deux plus grandes sœurs : la retenue stoïque d’Elinor face à la passion débridée de Marianne.

Visuellement, le film impressionne par sa texture organique. Tourné dans une pellicule 35mm au grain marqué et à la lumière naturelle, le métrage délaisse le vernis poli des drames de période traditionnels pour privilégier des paysages sauvages et embrumés. Entre chevelures dénouées au vent, robes frotteuses tachées par la boue et présence spontanée de la nature, la mise en scène évoque parfois la rusticité d’un Wuthering Heights ou le cinéma brut d’Andrea Arnold, loin de l’imagerie convenue de carte postale.

Au cœur de cette fresque, Daisy Edgar-Jones est remarquable. Elle incarne une Elinor tout en contrôle, dont les émotions affleurent sous la surface avec une authenticité poignante. Face à elle, George MacKay prête à Edward Ferrars une vulnérabilité touchante et timide ; leurs scènes partagées regorgent d’une complicité silencieuse mais vibrante. Esmé Creed-Miles insuffle à Marianne une énergie presque indomptable, formant un tandem d’opposées crédible avec sa sœur. Autour d’elles, Fiona Shaw apporte une présence haute en couleur dans le rôle de Mrs Jennings, tandis que le comédien norvégien Herbert Nordrum compose un Colonel Brandon plus stolidement mélancolique que de coutume.

Le film accuse toutefois quelques hésitations tonales sur sa durée de 2 heures 11. En poussant le curseur vers une mélancolie parfois austère, l’adaptation adoucit un peu la causticité et l’humour mordant d’Austen. De plus, le choix d’intégrer des séquences de bal très chorégraphiées aux influences contemporaines crée un décalage légèrement artificiel avec le reste de la direction artistique.

Il n’en demeure pas moins que cette réinvention réussit son pari. En mariant le regard affûté de Diana Reid sur les inégalités de genre à la caméra sensorielle de Georgia Oakley, ce Sense and Sensibility offre une expérience envoûtante, mature et visuellement somptueuse. Un drame romantique moderne qui prouve que l’œuvre d’Austen conserve toute sa pertinence.

Scénario
3.5/5

Acting
4/5

Image
4/5

Son
4/5

Note globale
77.5%

Une relecture sombre et naturaliste du classique de Jane Austen, qui met davantage en lumière la précarité et les contraintes imposées aux femmes. Portée par Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles, l’opposition entre Elinor et Marianne gagne en intensité et en modernité. Sa mise en scène organique, tournée en 35mm et baignée de lumière naturelle, lui confère une beauté brute. Quelques choix de ton et de chorégraphie nuancent toutefois une adaptation ambitieuse et captivante.

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