Masters of the Universe

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Quand la nostalgie devient un simple produit marketing

Il y a quelque chose de profondément symptomatique dans l’existence même de Masters of the Universe. À l’heure où Hollywood cherche encore et toujours à transformer chaque jouet, chaque marque ou chaque souvenir d’enfance en potentiel phénomène mondial, cette nouvelle adaptation de l’univers He-Man apparaît moins comme un véritable projet de cinéma que comme une tentative désespérée de ressusciter une licence dont l’âge d’or appartient clairement au passé. Après le triomphe de Barbie, Mattel semble avoir voulu prouver que chacune de ses propriétés pouvait devenir un grand spectacle populaire. Le problème est qu’un bon jouet ne fait pas forcément un bon film.

Sur le papier, l’univers d’Eternia possède pourtant tous les ingrédients d’une grande aventure : un royaume fantastique, des héros hauts en couleur, des monstres improbables, des épées magiques et un antagoniste iconique. Le réalisateur Travis Knight, déjà responsable du sympathique Bumblebee, semble parfaitement conscient du caractère kitsch de cet héritage. Mais c’est précisément là que le film échoue : il ne sait jamais vraiment s’il doit embrasser pleinement sa folie ou s’en excuser en permanence.

Dès les premières minutes, Masters of the Universe semble prendre ses distances avec son propre concept. Le film multiplie les clins d’œil et les plaisanteries sur l’absurdité de ses personnages et de son univers, comme s’il craignait que le public se moque de lui avant même d’avoir eu le temps d’y croire. Or, un film comme celui-ci aurait gagné à assumer totalement son côté extravagant. Le problème n’est pas que He-Man soit ridicule : c’est justement ce qui fait son charme. Le problème est que le film oscille constamment entre la parodie et la grande épopée sans jamais trouver le juste équilibre.

Le scénario, écrit à plusieurs mains, reflète cette hésitation permanente. L’idée de faire d’Adam un homme moderne, sensible et éloigné du cliché du guerrier bodybuildé était pourtant intéressante. Son passé sur Terre, son travail dans les ressources humaines et son rapport différent à la notion de force auraient pu offrir une relecture pertinente du personnage. Malheureusement, cette réflexion reste superficielle et finit abandonnée au profit d’un simple affrontement spectaculaire où la solution consiste finalement toujours à brandir une épée plus grande que celle de son adversaire.

Nicholas Galitzine se montre convaincant lorsqu’il incarne Adam, ce jeune homme maladroit cherchant sa place dans le monde. En revanche, dès qu’il devient He-Man, le personnage perd une grande partie de son intérêt et se transforme en héros quasiment invincible dont les combats manquent cruellement de tension. Comment ressentir un véritable danger lorsque rien ne semble pouvoir atteindre le protagoniste ? Les scènes d’action deviennent alors de simples démonstrations numériques sans véritable émotion.

Visuellement, le film tente de retrouver l’énergie colorée des années 80 avec ses costumes extravagants, ses créatures improbables et son univers volontairement excessif. Certaines idées fonctionnent, et les amateurs de la franchise retrouveront certainement quelques éléments familiers. Mais derrière cette débauche de couleurs se cache souvent une impression d’artificialité. Malgré un budget colossal, les effets spéciaux manquent parfois de finition et donnent l’impression d’assister à un gigantesque décor numérique sans véritable poids.

Heureusement, quelques interprètes parviennent à sortir du lot. Jared Leto semble avoir enfin trouvé un rôle adapté à son goût pour l’exagération avec un Skeletor théâtral, excessif et presque délicieusement absurde. Alison Brie apporte également une énergie bienvenue en Evil-Lyn. Malheureusement, ces performances ne suffisent pas à compenser une aventure trop longue, trop bruyante et trop préoccupée par l’idée de lancer une future franchise.

Au final, Masters of the Universe ressemble davantage à une immense boîte de jouets ouverte sur grand écran qu’à un véritable film. On y retrouve les couleurs, les références et la nostalgie, mais rarement une âme. À force de vouloir satisfaire les anciens fans, attirer une nouvelle génération et préparer plusieurs suites, le film oublie la chose essentielle : raconter une bonne histoire. Eternia méritait certainement mieux qu’un blockbuster sans véritable identité.

Scénario
1.5/5

Acting
1.5/5

Image
1/5

Son
1/5

Note globale
25%

Avec Masters of the Universe, Hollywood poursuit sa quête d’adapter toutes les icônes de la pop culture en grands spectacles, mais cette nouvelle aventure peine à justifier son existence au-delà de la nostalgie. Malgré un univers riche et un potentiel évident, le film hésite constamment entre hommage assumé et ironie permanente, empêchant toute véritable magie d’opérer. Entre scénario superficiel, action sans enjeu et effets numériques impersonnels, Eternia manque cruellement d’âme. Quelques interprétations, notamment celles de Jared Leto et Alison Brie, apportent toutefois une touche d’énergie à un blockbuster trop formaté.

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  1. Salut Pierre,

    Je ne suis pas abonné à Prime et ne compte pas me précipiter après lecture de ta critique trempée dans l’acide qui fracasse le crâne ancestral aussi vigoureusement que ne le fit Leonardo di Caprio au pays de Candie sur sa table de salle à manger. Les images m’ont l’air bien laides et le contenu pas folichon. Apparemment cette adaptation ne vaut guère plus que celle avec Dolf Lundgren. Elle est peut-être même pire.

    Mais plusieurs pistes de réflexion me viennent néanmoins concernant ce type de produit. D’abord, au regard du budget engagé, on en vient à se demander pourquoi le film n’a pas tenté sa chance en salles. Peut-être qu’Amazon a jugé le film tellement mauvais qu’ils ont préféré s’épargner l’humiliation d’un bide. La question du choix du réalisateur se pose tout de même. C’est Travis Knight, fils du créateur de la marque Nike, qui se charge ainsi de créer ce véhicule de promotion d’un jouet un peu vintage dont Mattel espère sans doute refourguer encore quelques produits d’ici Noël. J’ai moi-même souvenir avoir été élevé avec He-man (quel nom !) avant même qu’il ne soit rebaptisé Musclor pour les besoins d’un animé. J’imagine bien que la promotion d’un tel culturiste à l’heure de la déconstruction du mythe du mâle alpha est une gageure sur laquelle les scénaristes ont dû abondamment transpiré.

    Le parallèle avec « Barbie » trouve en effet ses limites rien qu’à cet énoncé, quand bien même on voudrait le tourner en ridicule (ce qui n’est que partiellement assumé si je te lis bien). Il faut aussi avouer qu’il y avait au bénéfice de « Barbie » (film sur lequel j’avais émis des réserves sur mon blog) la créativité d’une réalisatrice venue du cinéma indé, qui savait ce qu’elle voulait, à commencer par une identité visuelle forte. Aux décors en dur façon maison de poupée rappelant les films de Wes Anderson du côté de Barbie, je crois comprendre qu’on nage ici en plein océan numérique. Cela n’aide sûrement pas. Quant au scénario, si j’en juge par la note et par ton excellente analyse, il est loin de relever le niveau. De quoi faire réfléchir les investisseurs sur ce genre de fausse bonne idée, peut-être ?

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    1. Salut !

      Merci pour ce commentaire particulièrement riche et argumenté, toujours un plaisir de lire une réaction aussi développée. 😉

      Je pense effectivement que le choix d’une sortie directe sur Prime Video n’est probablement pas anodin. Quand on voit les moyens engagés, on pourrait s’attendre à une exploitation en salles, mais Amazon a sans doute considéré que le potentiel commercial ne justifiait pas le risque. Difficile d’imaginer qu’un film de cette ampleur n’ait pas fait l’objet de longues discussions à ce sujet.

      Tu soulèves également un point intéressant concernant Travis Knight. Son parcours et son travail sur Bumblebee ou Kubo pouvaient laisser espérer une approche plus personnelle. Malheureusement, j’ai surtout eu l’impression d’assister à un produit conçu par comité, incapable de choisir entre nostalgie, second degré et modernisation de la licence.

      La comparaison avec Barbie me paraît en effet révélatrice. On peut aimer ou non le film de Greta Gerwig, mais il possédait une véritable vision d’auteur, une identité visuelle forte et un discours cohérent. Ici, j’ai surtout ressenti une succession de choix dictés par la logique de franchise et de marketing plutôt que par une ambition cinématographique.

      Quant à Musclor, tu mets le doigt sur une difficulté réelle : comment réinventer aujourd’hui un personnage né dans un contexte culturel très différent sans le trahir ni le rendre totalement anachronique ? Le film semble chercher une réponse, mais sans jamais parvenir à en formuler une convaincante.

      Reste à voir si ce genre d’échec servira de leçon aux studios et aux détenteurs de licences. L’histoire récente du cinéma montre malheureusement que les franchises survivent souvent mieux aux mauvaises critiques qu’aux mauvaises idées…

      Merci encore pour ton intervention et pour les pistes de réflexion qu’elle apporte au débat ! 🙂

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      1. « Les franchises survivent souvent mieux aux mauvaises critiques qu’aux mauvaises idées », belle formule, et tu as hélas mille fois raison. Ça se mesurera sans doute en partie aux chiffres de vente dans les magasins de jouets. Même si il me semble semble avoir vu que le film était déconseillé aux moins 12 ans. Va comprendre…

        Toujours un plaisir d’échanger avec toi sur du musclé. 😉

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  2. Salut Pierre ! Je n’ai pas encore vu le film — mais cela ne saurait tarder ! —, et ta chronique donne une excellente idée du résultat et de ses limites.

    Tu mets parfaitement le doigt sur ce qui cloche : cette hésitation constante entre le kitsch assumé et la parodie honteuse, qui empêche le film de trouver son identité.

    C’est dommage que Travis Knight n’ait pas osé embrasser pleinement l’extravagance de l’univers d’Eternia au lieu de multiplier les clins d’œil ironiques. Tu as piqué ma curiosité concernant Jared Leto en Skeletor théâtral et Alison Brie, qui semblent s’amuser dans ce grand magasin de jouets numérique !

    Ma propre critique sera bientôt publiée sur le blog, on aura l’occasion d’en débattre une fois que j’aurai plongé dans cette aventure. À très vite !

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    1. Salut Olivier !

      Merci beaucoup pour ton message et pour ta lecture attentive de la critique, ça me fait vraiment plaisir.

      Tu résumes parfaitement mon principal reproche : ce manque d’audace qui empêche le film d’aller au bout de son délire. Avec un univers aussi extravagant qu’Eternia, j’aurais adoré voir quelque chose de totalement décomplexé plutôt qu’un film qui semble parfois s’excuser d’exister.

      Cela dit, je dois reconnaître que Jared Leto et Alison Brie apportent une énergie communicative à l’ensemble. Ils paraissent être parmi les rares à assumer pleinement le ton de cette grande récréation bariolée, et c’est sans doute ce qui rend certaines scènes aussi divertissantes.

      J’ai hâte de découvrir ton analyse et de comparer nos impressions. Qui sait, tu seras peut-être plus indulgent que moi sur certains aspects ! Au plaisir d’en débattre très bientôt.

      Amicalement,

      Pierre

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