Masters of the Universe
Vu
30 juillet 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
Travis Knight
Durée
133′
Casting
N.Galitzine, J.Leto, C.Mendes, I.Elba, A.Brie, M.Baccarin
Quand la nostalgie devient un simple produit marketing
Il y a quelque chose de profondément symptomatique dans l’existence même de Masters of the Universe. À l’heure où Hollywood cherche encore et toujours à transformer chaque jouet, chaque marque ou chaque souvenir d’enfance en potentiel phénomène mondial, cette nouvelle adaptation de l’univers He-Man apparaît moins comme un véritable projet de cinéma que comme une tentative désespérée de ressusciter une licence dont l’âge d’or appartient clairement au passé. Après le triomphe de Barbie, Mattel semble avoir voulu prouver que chacune de ses propriétés pouvait devenir un grand spectacle populaire. Le problème est qu’un bon jouet ne fait pas forcément un bon film.
Sur le papier, l’univers d’Eternia possède pourtant tous les ingrédients d’une grande aventure : un royaume fantastique, des héros hauts en couleur, des monstres improbables, des épées magiques et un antagoniste iconique. Le réalisateur Travis Knight, déjà responsable du sympathique Bumblebee, semble parfaitement conscient du caractère kitsch de cet héritage. Mais c’est précisément là que le film échoue : il ne sait jamais vraiment s’il doit embrasser pleinement sa folie ou s’en excuser en permanence.

Dès les premières minutes, Masters of the Universe semble prendre ses distances avec son propre concept. Le film multiplie les clins d’œil et les plaisanteries sur l’absurdité de ses personnages et de son univers, comme s’il craignait que le public se moque de lui avant même d’avoir eu le temps d’y croire. Or, un film comme celui-ci aurait gagné à assumer totalement son côté extravagant. Le problème n’est pas que He-Man soit ridicule : c’est justement ce qui fait son charme. Le problème est que le film oscille constamment entre la parodie et la grande épopée sans jamais trouver le juste équilibre.
Le scénario, écrit à plusieurs mains, reflète cette hésitation permanente. L’idée de faire d’Adam un homme moderne, sensible et éloigné du cliché du guerrier bodybuildé était pourtant intéressante. Son passé sur Terre, son travail dans les ressources humaines et son rapport différent à la notion de force auraient pu offrir une relecture pertinente du personnage. Malheureusement, cette réflexion reste superficielle et finit abandonnée au profit d’un simple affrontement spectaculaire où la solution consiste finalement toujours à brandir une épée plus grande que celle de son adversaire.
Nicholas Galitzine se montre convaincant lorsqu’il incarne Adam, ce jeune homme maladroit cherchant sa place dans le monde. En revanche, dès qu’il devient He-Man, le personnage perd une grande partie de son intérêt et se transforme en héros quasiment invincible dont les combats manquent cruellement de tension. Comment ressentir un véritable danger lorsque rien ne semble pouvoir atteindre le protagoniste ? Les scènes d’action deviennent alors de simples démonstrations numériques sans véritable émotion.

Visuellement, le film tente de retrouver l’énergie colorée des années 80 avec ses costumes extravagants, ses créatures improbables et son univers volontairement excessif. Certaines idées fonctionnent, et les amateurs de la franchise retrouveront certainement quelques éléments familiers. Mais derrière cette débauche de couleurs se cache souvent une impression d’artificialité. Malgré un budget colossal, les effets spéciaux manquent parfois de finition et donnent l’impression d’assister à un gigantesque décor numérique sans véritable poids.
Heureusement, quelques interprètes parviennent à sortir du lot. Jared Leto semble avoir enfin trouvé un rôle adapté à son goût pour l’exagération avec un Skeletor théâtral, excessif et presque délicieusement absurde. Alison Brie apporte également une énergie bienvenue en Evil-Lyn. Malheureusement, ces performances ne suffisent pas à compenser une aventure trop longue, trop bruyante et trop préoccupée par l’idée de lancer une future franchise.
Au final, Masters of the Universe ressemble davantage à une immense boîte de jouets ouverte sur grand écran qu’à un véritable film. On y retrouve les couleurs, les références et la nostalgie, mais rarement une âme. À force de vouloir satisfaire les anciens fans, attirer une nouvelle génération et préparer plusieurs suites, le film oublie la chose essentielle : raconter une bonne histoire. Eternia méritait certainement mieux qu’un blockbuster sans véritable identité.

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