Rose

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L’apogée d’une œuvre austère, politique et magistrale

Inspiré de récits de femmes ayant dissimulé leur identité à travers les siècles ainsi que de l’énigme du faux prétendant à la Martin Guerre, Rose, le troisième long-métrage du cinéaste autrichien Markus Schleinzer, s’impose comme une déconstruction éloquente du genre. Présenté en compétition à la Berlinale, ce drame se déroule au XVIIe siècle, dans une Allemagne rurale encore hantée par la guerre de Trente Ans.

L’intrigue suit Rose, une ancienne soldate ayant choisi de se présenter sous une identité masculine. Comme elle le résume elle-même avec pragmatisme : « il y a plus de liberté dans un pantalon ». Pour échapper aux carcans patriarcaux et s’inventer une existence inaccessible aux femmes de son temps, elle réclame une ferme en ruine. Elle gagne peu à peu le respect des villageois protestants par son labeur acharné et un acte de bravoure mémorable en abattant un ours au mousquet. Mais cette conquête d’autonomie a un prix : contrainte d’épouser la dévote Suzanna (Caro Braun) pour acquérir une parcelle de terre, Rose se retrouve prise au piège d’un mensonge permanent. La situation prend une tournure aussi absurde que fascinante lorsqu’une grossesse inattendue survient, forçant le couple à s’adapter et à s’unir face au jugement sociétal et religieux.

Formé aux côtés de maîtres de la rigueur comme Michael Haneke et Jessica Hausner, Schleinzer orchestre une mise en scène d’une précision formelle chirurgicale. La photographie monochrome de Gerald Kerkletz, sombre et élégante, confère au récit une dimension intemporelle tout en instaurant une tension claustrophobique poignante. Même lors des plans larges sur la nature ou des événements observés à distance, le sentiment d’enfermement demeure, captant la violence invisible sous le calme bourgeois. La narration distante de Marisa Growaldt et la bande sonore a cappella poignant de Tara Nome Doyle accentuent la tragédie intime de cet être pris entre survie et vérité.

Au centre de ce dispositif rigoureux, Sandra Hüller livre une prestation d’exception, d’une sobriété et d’une intensité désarmantes. Démarche austère, regard stoïque et cicatrice au visage – causée par une balle qu’elle porte autour du cou comme un talisman –, elle incarne une héroïne façonnée par les épreuves. Son économie de gestes, sa présence physique et le sens du timing dont elle fait preuve lors des rares touches d’humour noir font merveille. Face aux juges, sa fermeté évoque la ferveur tragique de Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc.

À ses côtés, Caro Braun apporte une touche d’humanité et de malice bienvenue : son personnage de Suzanna se révèle bien plus perspicace et ouverte d’esprit qu’il n’y paraît, donnant lieu à une complicité poignante entre les deux femmes. Bien plus qu’un simple récit d’époque, Rose est une fable féministe et universelle sur le privilège, le travestissement tactique et la liberté d’auto-détermination. Condensée en 93 minutes par le montage millimétré de Hansjörg Weißbrich, cette œuvre est un chef-d’œuvre marquant, porté par une actrice au sommet de son art.

Scénario
4/5

Acting
5/5

Image
5/5

Son
4/5

Note globale
90%

Dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, une ancienne combattante vivant sous une identité masculine tente de conquérir l’indépendance dans une société dominée par les hommes. Markus Schleinzer signe un drame historique d’une grande maîtrise visuelle, porté par une atmosphère austère et oppressante. Sandra Hüller impressionne par son interprétation tout en retenue dans cette réflexion puissante sur l’émancipation, les apparences et le droit de choisir sa propre destinée.

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