La Vénus électrique
Vu
3 juin 2026 – Sauvenière (Liège)
Année
2026
Réalisation
Pierre Salvadori
Durée
122′
Casting
A.Demoustier, P.Marmaï, V.Pons, G.Lellouche, M.Baudot, G.Kervern
Un Paris forain fascinant mais trop fabriqué
Avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori a signé une ouverture de Cannes 2026 qui, sous ses atours de comédie romantique sophistiquée, a laissé surtout une impression de film tiraillé entre ambition formelle et exécution inégale. Situé dans le Paris forain des années 1920, le récit multiplie les pistes narratives — arnaque sentimentale, imposture spirite, mélodrame amoureux et récit en miroir autour d’une muse disparue — dans une volonté évidente de densité et de virtuosité.
Le point de départ est pourtant prometteur : une attraction de foire où Suzanne, exploitée par un impresario autoritaire, devient “Vénus électrifiée”, figure à la fois spectacle et objet de désir, avant de se retrouver embarquée dans une escroquerie médiumnique auprès d’un peintre endeuillé. L’idée d’un monde bâti sur l’illusion, où chacun manipule la perception de l’autre pour survivre, nourrit un dispositif narratif en couches successives, enrichi par l’introduction du passé d’Irène, muse disparue dont la trajectoire vient en miroir du présent.

Mais à mesure que le film avance, cette architecture se retourne contre lui. Les critiques convergent sur un même constat : la multiplication des strates dramatiques et temporelles finit par diluer la tension émotionnelle plutôt que de la renforcer. Ce qui devrait s’enchaîner avec fluidité prend souvent la forme d’un récit éclaté, où les passages entre comédie, drame romantique et fresque fantasmée peinent à trouver un véritable rythme commun. Malgré quelques idées de raccords visuels et de transitions, la mécanique apparaît plus conceptuelle qu’organique.
Le film souffre également d’un déséquilibre entre ambition visuelle et incarnation. Si le décor de fête foraine et les intérieurs bohèmes regorgent de potentiel, ils sont parfois perçus comme trop fabriqués ou illustratifs, sans véritable épaisseur sensorielle. La mise en scène, souvent qualifiée de théâtrale ou contrainte, enferme les échanges dans une rigidité qui freine l’élan comique et sentimental attendu. Même les moments supposés les plus légers semblent contenus, comme si le film hésitait constamment sur son ton.
Du côté des interprètes, l’ensemble demeure solide sans totalement emporter l’adhésion. Anaïs Demoustier impose une présence nuancée, oscillant entre fatigue du monde et malice, tandis que Gilles Lellouche et Pio Marmaï exploitent efficacement leurs registres respectifs. Pourtant, plusieurs critiques soulignent un manque d’alchimie globale, ou une direction d’acteurs parfois inégale, qui empêche le film de trouver une véritable unité émotionnelle. Vimala Pons, en revanche, s’impose régulièrement comme une figure plus libre, presque hors du cadre général.

Là où La Vénus électrique aurait pu s’élever, c’est dans sa réflexion sur l’illusion comme moteur artistique — entre théâtre forain, peinture et mise en scène du faux. Mais cette piste, bien que présente en filigrane, reste souvent sous-exploitée, noyée dans une écriture qui privilégie la construction scénaristique à la respiration du récit. Le résultat oscille ainsi entre sophistication affichée et impression de distance, comme si le film observait ses propres émotions sans toujours les habiter pleinement.
Au final, La Vénus électrique reste une proposition élégante et par moments inspirée, mais rarement totalement habitée. Une comédie de faux-semblants qui, paradoxalement, peine à faire exister pleinement ses propres illusions. Une œuvre intéressante, parfois séduisante, mais qui laisse surtout le sentiment d’un potentiel partiellement électrisé. Un film plus intelligent que vibrant, plus construit qu’émouvant.

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