La Bataille de Gaulle – L’âge de fer
Vu
3 juin 2026 – Kinepolis Rocourt
Année
2026
Réalisation
Antonin Baudry
Durée
160′
Casting
S.Abkarian, F.Lesieur, S.R.Beale, M.Kassovitz, K.Leklou, A.Vartolomei, B.Magimel
De la guerre au mythe – Naissance d’un roman national
Avec La Bataille de Gaulle : L’âge de fer, Antonin Baudry ouvre un diptyque ambitieux qui entend ressaisir la figure du général sous un angle à la fois historique, politique et presque mythologique. Le film s’inscrit dans une tradition de grandes fresques françaises cherchant à conjuguer rigueur documentaire et souffle spectaculaire, tout en assumant une dimension de “roman national” revisité. Le résultat, malgré ses déséquilibres, parvient à imposer une réelle densité et une certaine tenue d’ensemble.
Le premier mérite du film réside dans son ambition de mise en perspective. De Gaulle n’y apparaît pas seulement comme une icône figée, mais comme une construction en devenir, façonnée par le regard des Alliés, par les tensions internes de la France libre et par la nécessité de se hisser à la hauteur de l’Histoire. Le récit joue constamment sur cette ligne de crête entre grandeur et fabrication du mythe, parfois avec une ironie discrète, notamment dans la manière dont le personnage impose sa stature autant qu’il la met en scène.

Simon Abkarian incarne ce De Gaulle avec une présence remarquable. Sa performance, parfois volontairement stylisée, épouse cette verticalité presque obsessionnelle du personnage, sans toujours éviter une forme d’emphase. Face à lui, les figures historiques gravitant autour du général – Churchill en tête, mais aussi plusieurs acteurs de la Résistance – dessinent un ensemble foisonnant, même si certains personnages secondaires peinent à exister pleinement dans un récit très centré sur son protagoniste.
Visuellement, le film impressionne. La reconstitution est soignée, les scènes de guerre bénéficient d’un réel sens de l’ampleur, et la photographie contribue à installer une atmosphère à la fois solennelle et spectaculaire. Les séquences de Bir Hakeim, notamment, témoignent d’un vrai savoir-faire dans la gestion de la tension et du mouvement, même si l’ensemble reste plus convaincant dans les espaces clos des décisions politiques que dans certaines envolées militaires plus illustratives.
C’est d’ailleurs dans cette tension entre intimité politique et fresque historique que le film trouve sa singularité, mais aussi ses limites. À vouloir embrasser trop large – diplomatie, combats, résistances intérieures, enjeux coloniaux évoqués en filigrane – le récit dilue parfois sa force dramatique. Certains arcs secondaires semblent survolés, et le rythme, étiré sur près de trois heures, laisse parfois apparaître des longueurs.

Pour autant, L’âge de fer conserve une cohérence d’ensemble et une vraie générosité de cinéma. Derrière ses hésitations, le film parvient à interroger la fabrication des figures historiques et la manière dont elles s’imposent dans l’imaginaire collectif. Il oscille entre admiration et distance critique, sans jamais trancher complètement, ce qui lui donne une tonalité ambiguë mais stimulante.
En définitive, ce premier volet s’impose comme une fresque imparfaite mais solide, traversée par de belles idées de mise en scène et une vraie ambition de cinéma populaire historique. S’il n’échappe ni aux déséquilibres narratifs ni à une certaine surcharge, il pose néanmoins des bases prometteuses pour la suite annoncée, laissant entrevoir un diptyque capable de gagner en puissance dans son second mouvement.

Si vous avez aimé : De Gaulle (2020), Darkest Hour (2017), The Imitation Game (2014), The King’s Speech (2010), Un Village Français (2009), Band of Brothers (2001), Is Paris Burning? (1966), The Longest Day (1962)

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