The Odyssey
Vu
15 juillet 2026 – Kine BX IMAX 70
Année
2026
Réalisation
Christopher Nolan
Durée
173′
Casting
M.Damon, T.Holland, A.Hathaway, R.Pattinson, L.Nyong’o, S.Morton, J.Leguizamo, Zendaya, C.Theron
Christopher Nolan signe un monument de cinéma, entre mythe éternel et vertige contemporain
Il y a des films que l’on regarde. Et puis il y a des films que l’on vit. The Odyssey appartient définitivement à la seconde catégorie. Voir le nouveau film de Christopher Nolan en IMAX 70 mm au Kinepolis de Bruxelles n’était pas simplement assister à une projection : c’était faire l’expérience d’un événement cinématographique rare, d’une œuvre pensée pour rappeler pourquoi le grand écran existe encore. Pendant près de trois heures, Nolan nous embarque dans un voyage hors du temps, à la fois profondément fidèle à l’esprit d’Homère et totalement personnel, où le mythe antique devient une réflexion brûlante sur la guerre, la culpabilité, la mémoire et le désir de retrouver un foyer.
Adapter L’Odyssée représentait pourtant un défi presque impossible. Le texte d’Homère est l’un des piliers fondateurs de notre imaginaire collectif, un récit mille fois raconté, mélangeant dieux, monstres, aventures fantastiques et méditation philosophique. Nolan ne cherche jamais à simplement illustrer cette œuvre monumentale. Il la réinvente avec son langage propre : celui d’un cinéaste fasciné par le temps, les souvenirs fragmentés et les hommes confrontés aux conséquences de leurs choix.

Le film s’ouvre sur le récit du cheval de Troie et plonge rapidement dans le destin d’Ulysse (Matt Damon), roi d’Ithaque, qui après dix années de guerre tente de retrouver son épouse Pénélope (Anne Hathaway) et son fils Télémaque (Tom Holland). Mais le voyage du héros n’est pas uniquement géographique. Derrière les tempêtes, les créatures mythologiques et les interventions divines se cache surtout le portrait d’un homme marqué par ce qu’il a accompli. Le stratège brillant qui a permis la chute de Troie doit désormais affronter le poids moral de ses décisions.
Matt Damon livre probablement l’une de ses performances les plus riches. Son Ulysse n’est pas un héros invincible, mais un homme fatigué, hanté, parfois arrogant, cherchant désespérément à comprendre s’il mérite réellement le retour qu’il espère. Face à lui, Anne Hathaway impose une Pénélope remarquable, mélange de force, d’intelligence et de vulnérabilité. Robert Pattinson s’amuse énormément dans le rôle d’Antinoüs, incarnation parfaite de la menace sournoise, tandis que Samantha Morton marque profondément le film en Circé dans une séquence qui flirte avec l’horreur.
Mais la véritable star de The Odyssey reste peut-être la mise en scène de Nolan. Avec Hoyte van Hoytema à la photographie, le réalisateur exploite comme jamais les possibilités du format IMAX 70 mm. Les paysages, les océans, le cheval de Troie, les batailles et les créatures mythologiques semblent avoir une présence physique presque palpable. On ressent le poids du bois, la violence des éléments, la texture du sable et la puissance des décors. Nolan refuse la facilité numérique et privilégie une approche artisanale qui donne au film une dimension presque primitive.

Sa manière de jouer avec la temporalité, de faire dialoguer souvenirs et présent, transforme une histoire connue de tous en une expérience émotionnelle nouvelle. Les rencontres avec le Cyclope, les Sirènes ou Circé ne sont pas de simples étapes d’un récit d’aventure : elles deviennent des confrontations intérieures, des miroirs des failles d’Ulysse.
Certains pourront reprocher au film quelques longueurs ou certains choix d’adaptation, mais ces réserves paraissent presque anecdotiques face à l’ambition déployée. Car The Odyssey est avant tout une déclaration d’amour au cinéma comme expérience collective et immersive.
Après Oppenheimer, Christopher Nolan poursuit son exploration des grands hommes confrontés aux conséquences de leurs actes. Avec cette fresque mythologique, il signe non seulement l’un de ses films les plus spectaculaires, mais aussi l’un de ses plus humains.
Un voyage épique, sensoriel et profondément bouleversant. Un film qui rappelle que le cinéma, lorsqu’il ose rêver en grand, peut encore nous transporter ailleurs.

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