Havoc

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Thriller poisseux et néons rouges

Avec Havoc, Gareth Evans livre un thriller d’action dense et brutal, qui puise à la fois dans les codes du film noir urbain et dans les traditions du Heroic Bloodshed hongkongais. Le film, porté par un Tom Hardy impressionnant, s’impose comme une odyssée violente et visuellement soignée au cœur d’une métropole rongée par la corruption.

Dès les premières minutes, une poursuite effrénée autour de banales machines à laver annonce la couleur: Havoc ne fait pas dans la dentelle. Ce monde en ruine, saturé de fumée et de néons rouges, évoque autant les arrière-cours de The Raid que les nuits poisseuses de John Wick. Hardy incarne Patrick Walker, un détective au passé trouble, lancé sur les traces du fils d’un candidat à la mairie, lui-même empêtré dans un trafic de drogue ayant mal tourné. Rapidement, le chaos s’installe et les alliances se brouillent.

Les scènes d’action – nombreuses, chorégraphiées avec précision et filmées avec la maestria d’un Matt Flannery (Gangs of London) en grande forme – constituent la principale force du film. Une séquence spectaculaire dans un bunker souterrain sert de point culminant, combinant violence graphique et virtuosité technique. L’influence de The Raid transparaît clairement, même si les arts martiaux cèdent souvent la place à des échanges de tirs frénétiques. Chaque affrontement semble viser une forme de ballet meurtrier, aussi stylisé qu’implacable.

Mais Havoc ne parvient pas à égaler ses modèles. Malgré une ambiance visuelle captivante et une mise en scène inspirée, le scénario souffre d’un excès de ramifications mal exploitées. Entre complots politiques, policiers corrompus, triades chinoises et trahisons multiples, l’intrigue s’enlise et perd de sa clarté. Le personnage principal, pourtant incarné avec intensité par Hardy, reste en surface: son passé, introduit par une voix off peu subtile et un flashback convenu, manque d’épaisseur dramatique.

Autour de lui, quelques figures intriguent, comme la policière incarnée par Jessie Mei Li, dont la gestuelle rigide et les réparties sèches évoquent une partenaire inattendue. Mais le récit lui accorde trop peu de place pour en faire une présence marquante. La galerie de personnages secondaires, bien que prometteuse, reste sous-exploitée.

Malgré ses limites, Havoc s’impose comme un divertissement robuste pour les amateurs d’action frontale. Evans ne cache ni ses influences ni son goût pour le recyclage stylisé mais il le fait avec une honnêteté formelle qui distingue le film dans la production actuelle. Si l’ensemble ne rivalise pas avec les sommets atteints par les films de Keanu Reeves ou par The Raid, il parvient néanmoins à canaliser une énergie brute et frénétique, portée par la présence magnétique d’un acteur en pleine possession de ses moyens.

Scénario
2/5

Acting
3.5/5

Image
4/5

Son
3/5

Note globale
62.5%

Havoc déploie une plongée musclée et stylisée dans les bas-fonds d’une ville gangrenée, entre règlements de comptes et jeux de pouvoir. Si la mise en scène virtuose et les affrontements chorégraphiés marquent les esprits, le récit peine à maintenir sa cohérence. Tom Hardy y incarne un enquêteur impitoyable, au cœur d’un chaos filmique aussi esthétique que désordonné.

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  1. Critique implacable, qui touche dans le mille les points vulnérables du film.

    Et pourtant, je n’ai pas boudé mon plaisir. Je n’ai jamais été pleinement convaincu par la pure virtuosité de Gareth Evans, même s’il s’inscrit parmi les héritiers les plus valables des maîtres de l’action hong-kongais. L’embrouillamini de scénario était déjà un des talons d’Achille de « The Raid 2 ». Je trouve qu’il s’en sort finalement mieux cette fois. Certes c’est simple, voire simpliste, mais ça suffit à faire du liant. On peut regretter une tapisserie parfois trop numérique, il faut avouer que la gageure était de taille en voulant faire passer Cardiff pour une mégapole américaine.
    Contrat rempli en ce qui me concerne.

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    1. Merci beaucoup pour ton retour !
      C’est justement ce genre de nuance que j’aime lire : on peut pointer les limites d’un film tout en reconnaissant le plaisir qu’il procure. Tu as raison sur The Raid 2, qui peinait déjà à tisser un récit clair au-delà des fulgurances de mise en scène. Ici, c’est en effet plus ramassé, plus lisible — et peut-être pour le mieux.

      Quant au pari de recréer une métropole US à Cardiff, c’est vrai que le numérique se fait parfois sentir… mais le film y gagne une certaine identité hybride pas déplaisante. En tout cas, content que le « contrat » soit rempli de ton côté — ça prouve qu’Evans a encore de beaux restes !

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      1. C’est en tout cas un cinéaste dont je vais continuer à suivre la piste avec intérêt.

        Toujours ravi d’échanger cordialement sur les films. La critique est un ressenti, c’est vrai, elle débouche sur un jugement. Mais les critères évalués sont des éléments qui demandent parfois à être nuancés. Ce « Havoc » n’est pas aussi mauvais que ce que j’ai pu lire ici ou là. Et tu l’as très bien appréhendé dans ton texte parfaitement éclairé.

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        1. Merci beaucoup pour ce retour ! 😊
          C’est exactement l’intérêt d’une critique pour moi : partager un ressenti tout en laissant place à la nuance. Ravi que mon analyse de Havoc ait trouvé un écho chez toi. Suivre un cinéaste dont le travail suscite autant de discussion est toujours passionnant, et je suis sûr que ses prochains films continueront à alimenter des échanges enrichissants.

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