La petite dernière
Vu
7 avril 2026 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Hafsia Herzi
Durée
108′
Casting
N.Melliti, P.Ji-Min, A.Mohamed, M.Guers, R.Benmannana
Quand l’intime vacille entre force et fragilité – Entre désir, foi et silences
Avec La petite dernière, Hafsia Herzi poursuit son exploration d’un cinéma de l’intime en s’emparant d’un récit d’apprentissage profondément ancré dans les tensions contemporaines entre identité, désir et héritage culturel. Adapté du texte autofictionnel de Fatima Daas, le film suit une jeune femme tiraillée entre sa foi, sa famille et la découverte de son homosexualité. Un point de départ en apparence familier, que la réalisatrice tente d’habiter avec une sensibilité sincère, mais dont l’exécution laisse une impression plus contrastée.
Dès ses premières scènes, le film installe une atmosphère de retenue, presque étouffante. Fatima évolue dans un environnement familial chaleureux mais codifié, où l’affection cohabite avec des attentes implicites. Cette dualité constitue l’un des axes les plus intéressants du film : loin de tout manichéisme, la cellule familiale apparaît crédible, vivante, parfois même traversée d’humour. Pourtant, cette douceur apparente ne suffit pas à dissiper le conflit intérieur de l’héroïne, incapable de concilier ses différentes appartenances.

La mise en scène privilégie une approche fragmentée, scandée par les saisons, qui accompagne les évolutions du personnage sans jamais céder au spectaculaire. Ce choix donne au récit une dimension organique, presque flottante, où les événements semblent surgir avec une certaine naturalité. Le film trouve alors ses plus beaux moments dans les détails du quotidien, dans ces instants suspendus où l’émotion affleure sans être soulignée.
C’est notamment le cas dans la relation amoureuse qui se développe entre Fatima et Ji-Na. Leur rencontre marque un tournant, apportant au film une respiration bienvenue. L’alchimie entre Nadia Melliti et Ji-Min Park y est indéniable : gestes hésitants, regards fuyants, premiers élans — tout est filmé avec une simplicité désarmante. Dans ces scènes, La Petite Dernière atteint une justesse rare, capturant avec délicatesse les tâtonnements du premier amour.
Cependant, cette réussite ponctuelle met en lumière certaines limites plus structurelles. En cherchant à embrasser de nombreux enjeux — religion, sexualité, pression familiale, construction identitaire — le film peine parfois à leur donner toute l’épaisseur nécessaire. Plusieurs thématiques restent à l’état d’esquisse, comme si le récit se contentait de les traverser sans réellement les approfondir. Cette tendance est accentuée par une écriture parfois trop explicative, qui semble vouloir guider le spectateur là où un peu plus de confiance aurait permis de laisser émerger la complexité des situations.

Le personnage de Fatima lui-même en pâtit. Si Nadia Melliti livre une performance impressionnante de retenue, traduisant avec finesse les silences et les tensions intérieures, son personnage demeure paradoxalement insaisissable. Défini avant tout par les conflits qui l’entourent, il peine à exister pleinement en dehors de ces lignes de force. Là où certains personnages secondaires, notamment Ji-Na, dégagent une vitalité immédiate, Fatima reste comme écrasée par le poids symbolique qu’elle incarne.
Malgré ces réserves, le film conserve une indéniable puissance émotionnelle. Sa manière de filmer les corps, les regards et les élans amoureux témoigne d’une réelle délicatesse, tout comme sa capacité à évoquer la complexité d’un parcours sans résolution évidente. Refusant les conclusions simplistes, La petite dernière s’achève sur une note suspendue, à l’image de son héroïne : en équilibre fragile entre affirmation et silence.
Touchant par moments, frustrant à d’autres, le film oscille ainsi entre éclats de vérité et impression d’inabouti. Une œuvre sensible et sincère, dont la portée reste néanmoins partiellement entravée par ses propres ambitions.

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