Undertone
Vu
28 avril 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
Ian Tuason
Durée
94′
Casting
N.Kiri, A.DiMarco, M.Duquet
Ce que l’on entend dans le noir
Avec Undertone, Ian Tuason signe un premier long métrage d’horreur qui s’inscrit clairement dans une tendance contemporaine du genre : celle d’un cinéma de l’écoute, de l’isolement et de la suggestion. Ici, la peur ne naît pas tant de ce qui est montré que de ce qui est entendu, interprété, et parfois même imaginé par le spectateur. Une approche ambitieuse, souvent redoutablement efficace, mais qui finit par montrer ses limites.
Le film suit Evy, podcasteuse spécialisée dans les phénomènes paranormaux, qui enregistre ses émissions de nuit depuis la maison familiale où elle s’occupe de sa mère mourante. Lorsqu’elle reçoit une série d’enregistrements audio troublants liés à un couple confronté à des phénomènes inexpliqués, son quotidien bascule progressivement dans une spirale d’angoisse. Les sons qu’elle analyse semblent peu à peu contaminer son environnement immédiat, jusqu’à brouiller la frontière entre enquête et hallucination.

La grande force de Undertone réside dans son travail sonore, véritable cœur du dispositif. Le film exploite avec précision les possibilités du design audio pour construire une atmosphère de tension constante : silences pesants, vibrations sourdes, voix inversées, bruits domestiques amplifiés et nappes sonores inquiétantes composent un paysage auditif instable. Cette approche transforme l’écoute en expérience anxiogène, où le moindre détail peut devenir menaçant.
La mise en scène adopte une sobriété assumée, renforçant cette impression d’enfermement. L’action se déroule presque entièrement dans un même lieu, une maison familiale chargée de symboles religieux et de mémoire intime. La caméra privilégie les cadres fixes et les angles légèrement désaxés, laissant souvent le hors-champ suggérer davantage que ce que l’image montre réellement. Ce choix renforce une tension diffuse, particulièrement efficace dans la première moitié du film.
Au centre de ce dispositif, Nina Kiri livre une performance solide et nuancée. Son interprétation d’Evy repose sur une intériorité constante, marquée par la fatigue, la culpabilité et une forme d’instabilité émotionnelle progressive. Le personnage dépasse le simple rôle de “réceptrice de phénomènes” pour devenir une figure plus complexe, prise entre responsabilités familiales, anxiété personnelle et doute permanent.

Cependant, Undertone n’échappe pas à certains déséquilibres. Son sous-texte, notamment autour de la maternité, de la religion et de la culpabilité psychologique, se fait parfois trop explicite, au point de réduire la part d’ambiguïté qui faisait la force de son dispositif. Le film insiste alors sur ses symboles là où il aurait gagné à laisser davantage de silence interprétatif.
Surtout, la dernière partie rompt avec la retenue initiale. Après une montée en tension maîtrisée, le récit bascule dans une forme de surenchère narrative et sonore qui contraste avec la finesse du reste du film. Les explications s’accumulent, les effets se multiplient, et une partie de la subtilité initiale se dilue dans une conclusion plus démonstrative.
Malgré ces réserves, Undertone reste une proposition marquante dans le paysage de l’horreur récente. Ian Tuason y démontre une vraie maîtrise de l’atmosphère et une compréhension fine de la peur contemporaine, liée aux médias, à l’écoute et à l’isolement. Le film fascine par moments, dérange souvent, mais peine à maintenir une cohérence parfaitement maîtrisée jusqu’au bout.

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