Michael
Vu
29 avril 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
Antoine Fuqua
Durée
126′
Casting
J.Jackson, C.Domingo, N.Long, M.Teller, L.Harrier
Antoine Fuqua face à un sujet qu’il n’ose pas affronter
Il y avait matière à un grand film. Une trajectoire hors norme, une enfance brisée, un génie artistique et une figure parmi les plus complexes de la culture populaire moderne : tout semblait réuni pour faire de Michael un biopic marquant. Pourtant, le film d’Antoine Fuqua échoue précisément là où il aurait dû frapper le plus fort : dans sa capacité à regarder son sujet en face.
Dès ses premières minutes, le long métrage donne le ton. En retraçant l’ascension fulgurante de Michael Jackson, de ses débuts au sein des Jackson 5 jusqu’à la fin des années 1980, il privilégie une narration linéaire, mécanique, presque scolaire. Les événements s’enchaînent sans respiration, comme autant de cases à cocher dans une chronologie bien connue. Cette structure précipitée empêche toute véritable immersion émotionnelle et réduit une vie hors du commun à une succession d’instantanés superficiels.

Le principal problème réside toutefois dans le regard porté sur son personnage. Loin d’explorer les contradictions, les failles ou les zones d’ombre qui ont façonné l’artiste, Michael choisit une approche lisse, presque révérencieuse. Le film esquive systématiquement les aspects les plus controversés ou dérangeants de son histoire, au point de donner l’impression d’un portrait soigneusement contrôlé. Ce refus d’affronter la complexité ne crée pas seulement un manque : il vide le récit de toute tension dramatique et de toute profondeur psychologique.
Ce déséquilibre se ressent également dans l’écriture des personnages secondaires. Réduits à des silhouettes fonctionnelles, ils gravitent autour de Michael sans jamais exister pleinement. Même la relation centrale avec son père, pourtant porteuse d’un potentiel émotionnel considérable, oscille entre caricature et simplification, faute d’une véritable nuance.
Pourtant, tout n’est pas à rejeter. Jaafar Jackson, dans le rôle principal, livre une performance investie, parfois troublante dans sa manière de reproduire les gestes et l’énergie scénique de son oncle. Certaines scènes, notamment celles liées à la création musicale ou aux répétitions, laissent entrevoir ce qu’aurait pu être un film plus incarné. Et, bien sûr, la musique elle-même conserve une puissance intacte : difficile de rester insensible face à ces morceaux qui ont marqué des générations.

Mais même cet atout devient paradoxalement une limite. Trop souvent, le film s’appuie sur ses performances musicales comme sur une béquille, compensant ainsi l’absence de véritable point de vue. À force de se reposer sur la force intrinsèque des chansons, il finit par ressembler à une compilation illustrée plutôt qu’à une œuvre de cinéma pleinement assumée.
Au final, Michael apparaît comme une occasion manquée. Ni scandaleusement mauvais ni réellement marquant, le film se contente d’effleurer son sujet sans jamais oser l’interroger. Là où l’on attendait un regard, il n’offre qu’une vitrine ; là où l’on espérait une exploration, il propose une célébration prudente.
Un portrait trop sage pour capturer une figure qui, elle, ne l’a jamais été.

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