Wuthering Heights

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Fennell vs. Brontë – Toute adaptation est-elle trahison ?

Sur les landes balayées par le vent du Yorkshire, Catherine Earnshaw (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi) grandissent ensemble après que ce dernier, enfant recueilli, est adopté par le père de Cathy. Entre eux naît une relation fusionnelle, passionnelle, destructrice. Mais les barrières sociales et les choix de Catherine — qui épouse un homme de son rang — précipitent Heathcliff dans une spirale de rancœur et de vengeance. Voilà le cœur tragique de Wuthering Heights, que Emerald Fennell choisit d’adapter à sa manière.

Adapter Emily Brontë, c’est accepter de trahir. Mais encore faut-il que la trahison produise du sens. Ici, le film semble avoir retenu du roman son énergie fantasmatique et sa sensualité latente — pour délaisser presque tout le reste.

Car Wuthering Heights n’est pas qu’une histoire d’amour toxique. C’est une fresque gothique, politique et générationnelle. Brontë y dissèque les déterminismes sociaux, la violence de classe, la transmission du ressentiment. La seconde génération — les enfants, Hareton, Cathy Linton, Linton Heathcliff — n’est pas un appendice : elle est la clé de voûte du récit, celle qui révèle comment la violence engendre la violence. En supprimant cette architecture, le film transforme une tragédie structurelle en romance immédiate. Le cycle disparaît, ne reste que l’instant.

Cette réduction est d’autant plus problématique que les tensions sociales et raciales qui façonnent Heathcliff dans le roman sont largement neutralisées. Privé de cette dimension, le personnage perd en profondeur ce qu’il gagne en esthétisation. La souffrance devient décorative. La noirceur devient posture.

Après Promising Young Woman et Saltburn, Fennell confirme une contradiction fascinante : un imaginaire pop, contemporain, saturé de références, mais un fond étonnamment conservateur. Là où le roman analysait les structures sociales, le film semble surtout fasciné par la beauté de ses corps et la stylisation de la passion.

Le casting cristallise ce décalage. Margot Robbie, 35 ans, grimée en adolescente, crée un trouble involontaire. Jacob Elordi incarne un Heathcliff mutique mais désincarné. L’alchimie ne prend jamais. La passion censée consumer les personnages reste théorique. À force de vouloir styliser l’érotisme, le film finit par l’aseptiser.

Visuellement, l’ambition est évidente. On devine des élans baroques qui évoquent la flamboyance de Baz Luhrmann, une sophistication pop qui rappelle Sofia Coppola période Marie Antoinette, et par moments une emphase gothique proche du Bram Stoker’s Dracula de Francis Ford Coppola. Mais le patchwork ne fusionne pas. Chaque intention semble exister indépendamment des autres. C’est un film où les curseurs sont poussés au maximum — émotion, musique (signée Charli XCX), stylisation — sans qu’un véritable liant ne les unisse.

Il en résulte une œuvre étrange, presque fascinante par son déséquilibre. On y perçoit des fragments d’un film plus radical, peut-être plus cohérent, comme si quelque chose s’était perdu en route. Le résultat oscille entre la sidération et un rire involontaire — jamais bon signe pour une tragédie.

Il n’y a aucun problème à moderniser un classique. Encore faut-il comprendre ce que l’on modernise. En transformant une fresque sociale et intergénérationnelle en tragédie romantique immédiate, le film ne scandalise pas : il simplifie. Là où Brontë analysait la violence des structures et l’impossibilité d’aimer dans un monde hiérarchisé, cette adaptation propose une passion esthétisée, brillante en surface mais creuse en profondeur.

Pour ceux qui souhaitent visualiser rapidement ce que le film a choisi de conserver, transformer ou supprimer par rapport au roman, ce récapitulatif offre un panorama clair des différences majeures :

Scénario
1/5

Acting
2/5

Image
3.5/5

Son
1/5

Note globale
37.5%

Adaptation libre du roman d’Emily Brontë, le film d’Emerald Fennell condense la fresque gothique en une romance fiévreuse, amputée de sa dimension sociale et générationnelle. En supprimant la seconde génération et les tensions de classe qui structurent l’œuvre, le récit perd sa portée tragique au profit d’une passion stylisée. Malgré une ambition visuelle marquée et un casting prestigieux, l’ensemble peine à trouver une véritable cohérence. Reste une relecture séduisante en surface, mais appauvrie dans son propos.

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  1. Clair, avis éclairé, article éclairant.
    merci pour cette analyse. 😊

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  2. Je n’avais déjà pas trop envie de le voir… Mais là… je vais définitivement m’en passer. 🙂

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    1. Je ne peux malheureusement pas te blâmer 😅 Disons que ce n’est pas le film que je recommanderais en priorité en ce début d’année…

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  3. Merci pour le tableau des corrélations !

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