The Wizard of the Kremlin
Vu
28 janvier 2026 – Churchill (Liège)
Année
2026
Réalisation
Olivier Assayas
Durée
145′
Casting
J.Law, P.Dano, J.Wright, W.Keen, A.Vikander, T.Sturridge
Une plongée fascinante dans l’ascension du pouvoir russe
Olivier Assayas signe avec Le Mage du Kremlin un drame politique ambitieux, à la fois subtil et captivant, qui explore la montée au pouvoir de Vladimir Poutine à travers le regard de Vadim Baranov, un jeune idéologue fictif mais inspiré de figures réelles comme Vladislav Surkov. Adapté du roman éponyme de Giuliano da Empoli, le film de plus de deux heures et demie ne se contente pas de retracer les événements historiques : il déploie un récit chorale, riche en dialogues et en personnages, qui dévoile les mécanismes du pouvoir et les calculs machiavéliques derrière l’ascension du Tsar moderne.
Paul Dano incarne Vadim Baranov avec une finesse impressionnante, donnant vie à ce personnage complexe, à la fois manipulateur et humain. Sa voix calme, ses gestes mesurés et son regard réfléchi traduisent la subtile tension entre l’intellectuel qui observe et l’homme qui agit. Jude Law, quant à lui, livre une performance tout en gravité et charisme dans le rôle de Poutine, parvenant à capturer l’essence du personnage sans chercher la ressemblance physique exacte. Alicia Vikander, dans le rôle de Ksenia, apporte légèreté et émotion, incarnant le lien intime et parfois fragile qui traverse la trajectoire de Baranov. Jeffrey Wright, en narrateur et observateur extérieur, ajoute une dimension analytique et critique, permettant au spectateur de comprendre l’impact des décisions de ces hommes sur la société russe.

Le film excelle également par son écriture et sa mise en scène. Assayas, assisté d’Emmanuel Carrère, joue habilement avec les flashbacks, naviguant entre les années 1990, l’effondrement de l’Union soviétique et la consécration de Poutine. Les décors, tournés en Lettonie, oscillent entre élégance romantique et froideur hivernale, et chaque plan témoigne d’une précision remarquable, tant dans l’éclairage que dans la composition. L’étalonnage et la photographie renforcent l’atmosphère sombre et sinistre, traduisant visuellement la montée de l’autoritarisme et la complexité morale des protagonistes.
Si le récit est riche et fascinant, certaines libertés prises avec l’histoire ou l’omission d’événements majeurs, comme le coup d’août 1991 ou certaines conséquences contemporaines, peuvent laisser le spectateur sur sa faim. De même, la durée imposante et la densité des dialogues exigent une attention soutenue, ce qui pourrait dérouter ceux qui attendent un film purement narratif ou d’action.

Pour autant, Le Mage du Kremlin séduit par sa capacité à combiner fresque historique et méditation sur le pouvoir. Le spectateur est invité à pénétrer dans les coulisses du Kremlin, à observer les stratégies, les manipulations et les compromis, tout en percevant l’impact humain et moral de ces choix. L’humour discret, certaines scènes de vie quotidienne et la dimension relationnelle apportée par Vikander permettent de contrebalancer la gravité du propos.
En définitive, le film offre une expérience exigeante mais enrichissante, portée par des performances d’acteurs remarquables, un scénario intelligent et une mise en scène élégante. Une œuvre qui, malgré quelques longueurs et libertés historiques, mérite largement d’être vue.

Si vous avez aimé : The Great (2020), The Irishman (2019), Le Bureau des Légendes (2015), House of Cards (2013), The Lives of Others (2006), All the President’s Men (1976), The Conformist (1970), Citizen Kane (1941)

Répondre à Pierre Vanesse Annuler la réponse.