Springsteen: Deliver Me from Nowhere
Vu
24 décembre 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Scott Cooper
Durée
121′
Casting
J.A.White, O.Young, J.Strong, G.Hoffmann, S.Graham, P.W.Hauser
Nebraska en noir et blanc – Un portrait introspectif du Boss
Springsteen: Deliver Me from Nowhere se concentre sur une période particulière de la vie de Bruce Springsteen, loin des feux de la rampe et des stades bondés qui ont fait sa légende. Le biopic de Scott Cooper plonge le spectateur dans les années entourant la création de l’album Nebraska, un disque intimiste et dépouillé, reflet des luttes personnelles et des souvenirs d’enfance du Boss. Le choix de suivre une période moins connue de l’artiste est sans conteste l’un des points forts du film, permettant une approche plus introspective que les biopics musicaux habituels.
La première qualité notable du film réside dans sa capacité à transmettre l’intériorité de Springsteen. Jeremy Allen White incarne un Bruce Springsteen tourmenté avec une précision physique et émotionnelle impressionnante. Ses gestes, ses tics et sa voix traduisent la fatigue, l’angoisse et la solitude de l’artiste, notamment dans les scènes où il se confronte à son passé et aux traumatismes liés à son père. Stephen Graham, dans le rôle du père de Bruce, offre également une performance marquante, incarnant un homme complexe, à la fois oppressant et vulnérable. Ces interprétations donnent au film une dimension humaine et crédible.

L’atmosphère du biopic est renforcée par le choix stylistique du noir et blanc pour les flashbacks, contrastant avec les teintes plus chaudes du présent. Cette dichotomie visuelle souligne la tension entre souvenirs et réalité, entre enfance douloureuse et maturité créative. De même, la mise en avant du processus créatif, de l’écriture des chansons à la réalisation des démos dans sa chambre, confère au spectateur un regard privilégié sur la genèse de Nebraska. Ces moments introspectifs sont fascinants et offrent une profondeur que peu de biopics musicaux atteignent.
Pourtant, le film n’échappe pas à certaines faiblesses. La narration est parfois surchargée, alternant entre flashbacks, relations personnelles et exploration de la créativité de Springsteen, ce qui crée un sentiment d’inégale cohérence. Les sous-intrigues, notamment la romance avec le personnage composite de Faye, semblent parfois superflues et manquent de véritable impact émotionnel. Certaines scènes, bien que visuellement soignées, paraissent trop stylisées et peuvent distraire du récit principal. De plus, malgré l’attention portée à la précision biographique, quelques clins d’œil aux fans et références à l’œuvre de Springsteen risquent de nuire à l’authenticité recherchée.

La musique, quant à elle, n’est jamais simplement illustrative. Les chansons de Nebraska, accompagnées d’aperçus de Born in the USA, respirent à travers le film, renforçant le lien entre le vécu de l’artiste et son expression musicale. Cependant, la sobriété du ton, loin des shows survoltés attendus, peut laisser certains spectateurs sur leur faim.
En somme, Deliver Me from Nowhere est un biopic intelligent et intimiste, capable de capturer la fragilité et l’authenticité de Bruce Springsteen tout en évitant le piège de la glorification simpliste. Néanmoins, sa tendance à vouloir tout montrer, de la jeunesse traumatisante aux complexités relationnelles, en passant par le processus créatif, crée des déséquilibres qui empêchent le film de pleinement convaincre. On ressort avec le sentiment d’avoir assisté à une œuvre honnête et touchante, mais qui aurait gagné à concentrer davantage son récit sur le cœur émotionnel de l’artiste.

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