Monster: The Ed Gein Story
Episodes vus
8/8
Année
2025
Durée
45-60′
Plateforme
Netflix
Casting
C.Hunnam, L.Metcalf, V.Krieps, L.Manville, S.Son, T.Hollander
Entre cauchemar et confusion – Le faux biopic d’un vrai tueur
Dès les premières minutes, Monster: The Ed Gein Story promet l’immersion dans l’horreur absolue: Charlie Hunnam campe un Ed Gein halluciné, entouré de scènes macabres, de références cinématographiques anxiogènes et d’un foisonnement de sous-intrigues. Le décor est planté: un biopic sombre, ambitieux, prêt à creuser la psyché d’un des criminels les plus pervertis de l’histoire américaine. Mais derrière les promesses, le résultat s’avère décevant — trop souvent outrancier, désordonné et creux.
La série impose immédiatement son choix de mise en scène: une violence graphique pratiquement sans filtre, des visions hallucinées, des détails morbides en abondance. Si cette radicalité peut séduire par son audace, elle finit par lasser par son excès. Le gore semble plus exhibé qu’analysé ; la frontière entre dénonciation et fascination devient floue. Le spectateur en sort souvent fatigué, voire repoussé. Le propos moralisateur que la série prétend porter — « les monstres sont faits, pas nés » — se noie dans la démesure.

Sur le plan narratif, Monster multiplie les arcs parallèles: une romance fictive, des allers-retours sur l’influence de Gein sur Psycho, des intrigues secondaires mêlant hallucinations et reconstitutions. Le tout s’emmêle dans un enchaînement décousu. Le récit central, celui du lien toxique entre Gein et sa mère Augusta, demeure sous-exploité — introduit avec insistance puis presque abandonné. Cette dispersion dresse un portrait inachevé: celui d’une série qui cherche trop à tout dire, sans jamais choisir son angle.
Malgré ces failles, la production ne manque pas d’atouts. Les décors et les éclairages évoquent avec soin la ruralité inquiétante des années 1950 ; la direction artistique est souvent admirable, et la mise en scène, parfois inspirée, parvient à créer un malaise durable. Les interprètes relèvent le niveau quand le scénario vacille. Charlie Hunnam, troublant et fragile, impose une présence magnétique, tandis que Laurie Metcalf, Vicky Krieps et Tom Hollander apportent une gravité bienvenue à un ensemble souvent chaotique. Leurs performances dépassent parfois le matériau qu’on leur confie.

Reste l’écart entre fiction et réalité, source de malaise. La série transforme rumeurs et hypothèses en faits, au risque de trahir la vérité historique. Ce glissement constant brouille la frontière entre reconstitution et invention, donnant à l’ensemble une allure de cauchemar plus sensationnaliste que réfléchi. L’œuvre veut sonder la folie, mais finit par en épouser les contours, fascinée par ce qu’elle prétend condamner.
Sur le plan thématique, Monster ambitionne de commenter notre obsession collective pour le « true crime » et la manière dont le mal devient objet de divertissement. Mais ce discours se retourne contre lui: la série participe à cette obsession qu’elle cherche à dénoncer. Ses épisodes, souvent imbus de leur propre provocation, manquent du recul et de la subtilité nécessaires pour transformer la fascination en réflexion.
Monster: The Ed Gein Story ambitionne d’explorer les racines du mal, d’exhumer ce qui rend un homme monstrueux, tout en interrogeant notre fascination pour l’horreur. Hélas, cette promesse sombre s’effrite. La série vacille entre surenchère graphique, intrigues éparpillées et détours factuels douteux. Elle offre des moments puissants et une direction artistique souvent réussie, mais peine à donner sens à ses excès. Le potentiel était là, mais l’équilibre n’a pas été trouvé. Ce spectacle est plus une curiosité dérangeante qu’un vrai éclairage psychologique.

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