Monster: The Ed Gein Story

Episodes vus

Année

Durée

Plateforme

Casting

Entre cauchemar et confusion – Le faux biopic d’un vrai tueur

Dès les premières minutes, Monster: The Ed Gein Story promet l’immersion dans l’horreur absolue: Charlie Hunnam campe un Ed Gein halluciné, entouré de scènes macabres, de références cinématographiques anxiogènes et d’un foisonnement de sous-intrigues. Le décor est planté: un biopic sombre, ambitieux, prêt à creuser la psyché d’un des criminels les plus pervertis de l’histoire américaine. Mais derrière les promesses, le résultat s’avère décevant — trop souvent outrancier, désordonné et creux.

La série impose immédiatement son choix de mise en scène: une violence graphique pratiquement sans filtre, des visions hallucinées, des détails morbides en abondance. Si cette radicalité peut séduire par son audace, elle finit par lasser par son excès. Le gore semble plus exhibé qu’analysé ; la frontière entre dénonciation et fascination devient floue. Le spectateur en sort souvent fatigué, voire repoussé. Le propos moralisateur que la série prétend porter — « les monstres sont faits, pas nés » — se noie dans la démesure.

Sur le plan narratif, Monster multiplie les arcs parallèles: une romance fictive, des allers-retours sur l’influence de Gein sur Psycho, des intrigues secondaires mêlant hallucinations et reconstitutions. Le tout s’emmêle dans un enchaînement décousu. Le récit central, celui du lien toxique entre Gein et sa mère Augusta, demeure sous-exploité — introduit avec insistance puis presque abandonné. Cette dispersion dresse un portrait inachevé: celui d’une série qui cherche trop à tout dire, sans jamais choisir son angle.

Malgré ces failles, la production ne manque pas d’atouts. Les décors et les éclairages évoquent avec soin la ruralité inquiétante des années 1950 ; la direction artistique est souvent admirable, et la mise en scène, parfois inspirée, parvient à créer un malaise durable. Les interprètes relèvent le niveau quand le scénario vacille. Charlie Hunnam, troublant et fragile, impose une présence magnétique, tandis que Laurie Metcalf, Vicky Krieps et Tom Hollander apportent une gravité bienvenue à un ensemble souvent chaotique. Leurs performances dépassent parfois le matériau qu’on leur confie.

Reste l’écart entre fiction et réalité, source de malaise. La série transforme rumeurs et hypothèses en faits, au risque de trahir la vérité historique. Ce glissement constant brouille la frontière entre reconstitution et invention, donnant à l’ensemble une allure de cauchemar plus sensationnaliste que réfléchi. L’œuvre veut sonder la folie, mais finit par en épouser les contours, fascinée par ce qu’elle prétend condamner.

Sur le plan thématique, Monster ambitionne de commenter notre obsession collective pour le « true crime » et la manière dont le mal devient objet de divertissement. Mais ce discours se retourne contre lui: la série participe à cette obsession qu’elle cherche à dénoncer. Ses épisodes, souvent imbus de leur propre provocation, manquent du recul et de la subtilité nécessaires pour transformer la fascination en réflexion.

Monster: The Ed Gein Story ambitionne d’explorer les racines du mal, d’exhumer ce qui rend un homme monstrueux, tout en interrogeant notre fascination pour l’horreur. Hélas, cette promesse sombre s’effrite. La série vacille entre surenchère graphique, intrigues éparpillées et détours factuels douteux. Elle offre des moments puissants et une direction artistique souvent réussie, mais peine à donner sens à ses excès. Le potentiel était là, mais l’équilibre n’a pas été trouvé. Ce spectacle est plus une curiosité dérangeante qu’un vrai éclairage psychologique.

Scénario
1/5

Acting
4.5/5

Image
3/5

Son
2.5/5

Note globale
55%

Monster: The Ed Gein Story s’ouvre sur la promesse d’un biopic intense et dérangeant, mais s’égare dans une débauche de violence et de sous-intrigues. Malgré une esthétique soignée et des acteurs habités, la série se perd entre fascination morbide et prétention psychologique. En voulant dénoncer l’attrait du « true crime », elle finit par s’y complaire, offrant une expérience plus excessive que profonde.

Répondre à Pierre Vanesse Annuler la réponse.

  1. Passionnant éclairage Pierre. Je ne me suis pas laissé tenter par ces chroniques sanglantes. J’avais déjà décroché de Dahmer au bout de deux ou trois épisodes, je ne suis pas sûr que l’affaire Ed Gein soit plus reluisante. Je me sens de moins en moins enclin à supporter ces approches transgressives mêlant complaisance et fascination morbide, sauf peut-être au cinéma éventuellement. Peut-être cela reviendra-t-il.

    J’aime

    1. Merci pour ton retour ! 😊 Je comprends tout à fait ton ressenti, ces récits peuvent être très éprouvants et ne sont pas faits pour tout le monde. L’attrait pour ces histoires mêlant fascination et horreur est très personnel, et le cinéma permet souvent de s’en approcher de façon plus « distanciée » que les séries ou documentaires. Qui sait, peut-être que l’envie de revisiter ce genre reviendra un jour… ou pas, et c’est tout à fait légitime !

      J’aime

  2. Derrière le faux concept commercial d’éduquer en affichant le Mal, je pense que la série cherche davantage à créer de l’émotion, comme tout bon produit ludique.
    Mais créer l’émotion avec ce niveau de malsanité va à l’encontre de l’éducation. Prenons un exemple, moi et mes camarades de 12 ans avions regardé REQUIEM FOR A DREAM en classe de 1ere rénové (wtf déjà), mais en est resté fascination et dégout mêlé à des leçons à retenir.
    Ici avec Ed Gein, des émotions, mais pas de leçons… On nourrit l’envie de voir du macabre. Œuvre de catharsis ? Mon oeil…

    Guillaume FRANCOIS +32 474 950 988

    Ba. Modern History
    Ma. International Communication


    J’aime

    1. Merci beaucoup pour ton retour détaillé, Captain ! 😄
      Je comprends parfaitement ton point de vue : cette série joue clairement sur la fascination pour le macabre, et il est vrai que l’émotion prime parfois sur la leçon morale ou éducative. Ton exemple avec Requiem for a Dream illustre très bien la différence : même choquant, le film apportait une réflexion derrière le choc. Avec Ed Gein, on reste effectivement plus dans le spectacle que dans la catharsis… mais c’est peut-être aussi ça qui en fait un sujet de débat intéressant !

      J’aime

  3. Il serait intéressant de comparer les partis-pris de la série avec les films précédemment réalisés sur ce tueur (Deranged, de Alan Ormbsy qu’il me semble avoir vu, et sa version sortie en 2000 intitulée tout simplement Ed Gein) ou celles inspirées par lui (j’ai encore en mémoire le terrible « Maniac » de Lustig, qui entrait carrément dans la tête du tueur, et bien sûr le classique hitchcockien « Psycho »). On pourra alors mesurer le degré de complaisance accordé aux actes du tueur dans cette nouvelle mise en « valeur » de l’horrible criminel.

    J’aime

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire et pour ces références passionnantes !
      Tu as tout à fait raison : replacer la série dans la lignée des représentations d’Ed Gein – qu’il s’agisse des adaptations directes comme Deranged ou le film de 2000, ou des œuvres inspirées telles que Maniac ou évidemment Psycho – permettrait d’enrichir l’analyse et de mesurer l’évolution du traitement de ce personnage terrifiant.

      Ta remarque sur la notion de complaisance est particulièrement pertinente : entre fascination morbide, démarche psychologique et exploitation sensationnaliste, la frontière est parfois ténue, et il sera intéressant de voir où la série choisit de se situer.

      Merci encore pour cette piste de réflexion, je prends note pour un futur article comparatif ! N’hésite pas à revenir partager ton avis après avoir vu la série, la discussion promet d’être passionnante. 🎬

      J’aime

      1. Je n’y manquerai pas.

        J’aime