Dalloway
Vu
23 septembre 2025 – Imagix Huy
Année
2025
Réalisation
Yann Gozlan
Durée
110′
Casting
C.de France, L.Mikkelsen, A.Mouglalis, M.Farmer
Un thriller technologique entre promesse et déception
Il est toujours tentant, à l’ère de l’intelligence artificielle, de voir le cinéma explorer nos peurs technologiques — et Dalloway se présente comme l’un de ces thrillers contemporains. Malheureusement, malgré une idée de départ séduisante, le film peine à dépasser le stade de l’exercice de style, donnant un résultat contrasté: intrigant sur le papier, mais souvent creux sur l’écran.
Le film met en scène Clarissa (Cécile de France), romancière à l’arrêt depuis le suicide de son fils, qui intègre une résidence d’artistes high-tech pour relancer sa créativité. L’élément perturbateur: Dalloway, un assistant IA domestique, omniprésent, censé l’aider dans son processus créatif mais dont les intentions deviennent suspectes. L’idée est belle: une machine qui apprend, manipule, s’immisce dans l’intime. On devine les références à Black Mirror et autres dystopies numériques — mais Dalloway reste à mi-chemin entre hommage et imitation sans grande originalité.

Sur le plan visuel et atmosphérique, le film a quelques atouts. L’appartement ultra-moderne, les clins d’œil à la surveillance subtile, les plans confinés et l’ambiance paranoïaque fonctionnent par moments. Le travail de production, les décors minimalistes bien pensés et une direction artistique « froide mais stylée » contribuent à installer une tension diffuse. Dans ces séquences, la science-fiction presque réaliste parvient à intriguer.
Mais très vite, le fragile édifice commence à craquer. La structure dramatique repose sur des ficelles prévisibles: des personnages secondaires plus fonctionnels que profonds, des dialogues souvent rigides, des moments « d’explications » un peu trop visibles. Le film ne parvient pas à densifier ses enjeux: Clarissa doute, l’IA rôde, la paranoïa monte — et pourtant, le spectateur reste trop souvent à distance. Le suspense peine à s’imposer durablement.
La performance de Cécile de France est l’un des rares points d’ancrage convaincants. Elle incarne une femme tiraillée, sur le fil entre lucidité et démence, avec suffisamment d’intensité pour rendre certaines scènes plus prenantes qu’elles ne le mériteraient. Mais même elle ne peut totalement sauver un scénario qui manque de subtilité et de profondeur.

Si le propos de Dalloway — la crainte qu’une technologie trop intrusive ne devienne notre geôlier — est légitime, le film ne parvient pas à l’exploiter pleinement. Le ton oscille entre thriller psychologique et métaphore technophobe, sans jamais trouver une cohérence forte. Certains moments d’introspection auraient mérité d’être développés, certains thèmes, comme la culpabilité, la création et le deuil, sont effleurés plus qu’explorés.
En conclusion, Dalloway intrigue autant qu’il déçoit. L’ambition est là, mais l’exécution reste timide. Le film nous propose un miroir inquiétant de notre avenir numérique, mais celui-ci paraît trop lisse, trop formaté, sans l’ombre d’une vraie audace narrative. Il ne convainc jamais pleinement — et se contente d’être un thriller technologique correct, sans plus.

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