The Bear S4
Episodes vus
10/10
Année
2025
Réalisation
Christopher Storer, Duccio Fabbri, Janicza Bravo
Production
FX (Hulu)
Casting
J.Allen White, E.Moss-Bachrach, A.Edebiri, M.Gordon, A.Elliott, M.Matheson, L.Colon-Zayas
Une série qui cesse de crier pour mieux se faire entendre
Il fut un temps où The Bear nous happait par l’intensité de ses cris, l’urgence des cuisines et les tensions palpables à chaque service. La quatrième saison, elle, s’ouvre dans un silence bouleversant: un simple échange entre deux frères, Carmy et Mikey, dans une cuisine baignée de souvenirs. Dix minutes suffisent pour briser le cœur trois fois. Et pourtant, c’est dans cette douceur retrouvée que la série atteint (enfin) sa maturité.
Oubliées les répétitions de la saison précédente, The Bear se réinvente sans trahir son essence. Elle ne cherche plus à étourdir par ses montages effrénés ou ses disputes à couteaux tirés, mais à faire émerger autre chose – un apaisement fragile, né de la douleur, du pardon et d’un désir commun de réconciliation. Le restaurant n’est plus l’unique enjeu ; il devient le théâtre d’une thérapie collective. La cuisine reste présente, bien sûr – dans ces plans élégants sur des plats perfectionnés, accompagnés de morceaux choisis des Who, de Talk Talk ou de Tangerine Dream – mais elle n’est désormais qu’un fil conducteur, pas la finalité.

Au cœur de la saison, un épisode-somme, sublime et généreux, célèbre le mariage de Tiff, l’ex-femme de Richie. Tous les visages familiers sont là et l’émotion affleure à chaque scène. La série retrouve la magie de son chef-d’œuvre « Fishes » (saison 2) mais avec une tonalité radicalement différente: là où régnait le chaos, ce sont maintenant les excuses, les regards tendres et les mains tendues qui dominent. Les blessures ne sont pas oubliées mais elles sont reconnues, doucement pansées, parfois avec maladresse, souvent avec grâce.
La série prend aussi le temps d’élargir son regard. Un épisode consacré à Sydney, écrit avec une délicatesse remarquable par Ayo Edebiri et Lionel Boyce, explore ses doutes face à un avenir incertain, loin de Carmy, mais peut-être aussi loin d’elle-même. À travers ses hésitations, c’est toute la série qui s’interroge sur ce qu’elle veut devenir. Et sa réponse est belle: The Bear Saison 4 choisit d’honorer ses personnages, de leur offrir une chance d’évoluer plutôt que de ressasser.

Même les critiques négatives du Chicago Tribune, point de départ de la tension narrative, deviennent un miroir intelligent des doutes entourant la série elle-même. Mais les showrunners, avec une assurance tranquille, répondent par la cohérence et l’émotion. Chaque détail – qu’il s’agisse d’un mot murmuré ou d’un simple plan sur un plat de pâtes – trouve ici sa place dans une symphonie maîtrisée.
Si cette saison devait être la dernière, elle en aurait la justesse. Mais la porte reste entrouverte et ce flou est à l’image de la série: un récit suspendu entre la fragilité humaine et la beauté du collectif, entre le chaos de la cuisine et le silence des réconciliations. Comme Carmy le dit à Mikey dans un rêve ou un souvenir: « Nous pourrions rendre les gens heureux ». Mission accomplie !

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