Civil War

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God Bless America!

Dans ce film dépeignant une Amérique plongée dans une guerre civile brutale, Alex Garland imagine un avenir sinistre et effrayant, où la violence imprévisible et les violations des droits de l’homme sont omniprésentes. Pourtant, Garland ne cherche pas à glorifier la guerre, mais plutôt à en exposer la cruauté et l’horreur à travers les yeux de quatre journalistes.

Le cinéaste britannique, connu pour avoir écrit La Plage (1996) et scénarisé 28 jours plus tard (2003), nous a également offert des œuvres de science-fiction telles que Ex Machina (2014) et Annihilation (2018). Mais une guerre civile américaine révèle-t-elle encore de la science-fiction?

Le film retrace le parcours de Lee (Kirsten Dunst), une photojournaliste renommée, et Jessie (Cailee Spaeny), une photographe en herbe, accompagnées de Joel (Wagner Moura) et Sammy (Stephen McKinley Henderson), tous deux reporters. Ensemble, ils entreprennent un voyage dangereux de New York à Washington D.C., dans l’espoir d’interviewer le président (Nick Offerman), qui, malgré un troisième mandat inconstitutionnel et sa décision de dissoudre le FBI, refuse de quitter ses fonctions.

Civil War ne se contente pas de raconter une simple histoire de guerre civile. Il interroge aussi le rôle et la responsabilité des journalistes en temps de conflit. Garland nous pousse à réfléchir si ces reporters doivent se contenter de montrer la réalité ou prendre position sur ce qui est bien ou mal. À travers des scènes de combat immersives à Washington déjà cultes, où la caméra se glisse presque entre les soldats, le film montre sans détour que la guerre ne fait aucun vainqueur.

Le film, bien que critiqué pour sa pertinence en ces temps de tensions politiques, n’est pas une satire politique directe. Garland évite délibérément toute connotation claire entre les personnages et les partis politiques, permettant à chaque spectateur de projeter sa propre interprétation.

Les performances remarquables de Dunst et Spaeny, alliées à une conception sonore phénoménale et une cinématographie poignante, renforcent l’immersion. Garland utilise une palette visuelle qui emprunte aux grands classiques du cinéma de guerre américain tout en restant unique dans son traitement.

Jesse Plemons, le vrai mari de Kirsten Dunst (Lee dans le film), que l’on voit souvent dans des rôles doux, joue ici son rôle secondaire le plus mémorable, celui d’un raciste méchant et sadique. Mention spéciale pour cette scène à la mi-film… « Et vous, quel genre d’Américain êtes-vous? »

En fin de compte, Civil War est un film audacieux et réfléchi, qui utilise le voyage de ses personnages comme une métaphore pour explorer des questions plus larges sur la polarisation, le rôle des médias, la nature de la guerre et la fragilité de la démocratie. Le film ne donne pas de réponses faciles, mais offre une vision sombre et réaliste d’un futur possible, tout en rendant hommage au rôle crucial des journalistes. C’est un film qui divertit autant qu’il fait réfléchir, laissant un impact durable sur ses spectateurs.

Focus perso – Cette bande son !

Lovefingers – Silver Apples

Le début de Civil War commence avec une contribution de Silver Apples, un groupe électro underground novateur de New York, actif à la fin des années 1960 et de nouveau au milieu des années 1990. Lovefingers est tirée de leur premier album éponyme de 1968. Elle intervient après l’ouverture du film, marquée par un discours sur l’état de l’Union du président incarné par Nick Offerman, tandis que la caméra scrute froidement les dégâts.

Rocket USA – Suicide

L’un des deux titres de Suicide qui figurent dans Civil War, le premier morceau du duo Alan Vega et Martin Rev, tombe au moment où la bande de journalistes quitte pour la première fois la ville de New York. Le rythme électronique de Rocket USA résonne alors qu’ils naviguent entre les voitures en feu et les postes de contrôle. Cette version est extraite de l’album live Ghost Riders de 1986, enregistré lors d’un concert en 1981 et initialement disponible uniquement sur cassette. Je reviendrai sur Suicide plus tard… Oh que oui !

Say No Go – De La Soul

Quelle pépite ! Cette chanson retentit après une fusillade entre deux factions en conflit. Pendant que le single Say No Go de De La Soul, extrait de leur premier album de 1989 3 Feet High and Rising, résonne dans la bande-son, des prisonniers de guerre sont exécutés. Le contraste entre le doux rock et le hip hop plus expérimental reflète le décalage entre l’imagerie dérangeante et le choix musical. Un des moments les plus marquants du film.

Sweet Little Sister – Skid Row

Ce morceau, issu du premier album éponyme du groupe américain de heavy metal Skid Row, sorti début 1989, sert de toile de fond à un moment de chaos automobile extrême. Les enfants, ne tentez pas ça chez vous ! Sweet Little Sister est la bande-son metal idéale pour un moment de folie.

Breakers Roar – Sturgill Simpson

La chanson la plus contemporaine du film provient du remarquable album de 2016 de Sturgill Simpson, A Sailor’s Guide to Earth. Breakers Roar accompagne l’un des moments les plus poignants du film, alors que le groupe traverse une forêt en flammes. Sammy est gravement blessé et contemple à travers la fenêtre les braises flottantes descendant gracieusement vers le sol. C’est une scène à la fois magnifique et cauchemardesque, imprégnée d’une profonde tristesse, tout comme la chanson elle-même. Un choix remarquable !

Dream Baby Dream – Suicide

Et voilà la deuxième apparition de Suicide dans Civil War. Après avoir entendu cette chanson alors que les crédits commençaient à défiler et que je m’apprêtais à quitter la salle, je me suis retrouvé assis sans m’en rendre compte. C’était la première fois que j’écoutais cette chanson et cela a créé un moment indescriptible. Tellement marquant que tout mon trajet d’une heure pour rentrer chez moi a été consacré à écouter cette chanson et à découvrir le groupe Suicide.

Cette fois-ci, c’est le single de 1979 Dream Baby Dream, vaguement influencé par les Talking Heads. Produite par Ric Ocasek des Cars, cette chanson frôle la perfection. Son placement à la toute fin de Civil War, après la chute de la démocratie et l’une des lignes finales les plus glaçantes de l’histoire récente, est tout simplement étourdissant. Les paroles, qui évoquent le maintien de l’espoir, ajoutent à la puissance de la scène et du moment. La flamme s’est éteinte. Le rêve est mort. Mais il est important d’avoir des rêves. Bon vent !

Scénario
3.5/5

Acting
4/5

Image
4.5/5

Son
4.5/5

Note globale
82.5%

Alex Garland présente un road movie angoissant sur un groupe de journalistes de guerre, mais surtout un regard alarmant sur un futur pas tout à fait impensable.

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  1. Je ne sais pas où commencer avec ce film… Je ne comprends absolument pas l’engouement autour de celui-ci… Mise à part la scène de fin juste ultra prévisible depuis les 5 premières minutes du film, je me suis profondément ennuyé… On ne connait rien des personnages, rien du tout et ce ne sera jamais vraiment développé, je ne me suis attaché à aucun d’entre eux, pourquoi la jeune photographe va-t-elle avec eux ? On ne sait pas… surement parce que le script le dit en fait ! Les scènes contemplatives de 10 minutes où un personnage dont on ne sait rien regarde par la fenêtre… J’ai même à un moment donné cru que le film s’était arrêté, j’ai pris la télécommande pour remettre play mais en fait… ah ben non, c’était juste un plan fixe sans musique ni effet sonore de 3 minutes… On ne sait rien du conflit, rien des personnage, rien de leurs ambitions, ils ont tous un seul archétype qui n’évoluera pas au fil du film, Kirsten Dunts n’est pas très agréable, pourquoi ? Qui sait… va-t-elle changer ? Ah bah non… Pour moi ce film manque cruellement de développement, d’évolution et de contexte, j’ai parfois l’impression que tous les films A24 sont acclamés comme des sauveurs du cinéma, ou alors c’est moi qui n’y comprend rien… C’est possible aussi 🙂

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    1. Salut Jona 🙂

      Merci pour ton commentaire ! Je me souviens très bien que tu m’avais fait part de ton avis plus que mitigé concernant ce film.

      En plus de ton ressenti personnel très intéressant, ta réflexion concernant le studio A24 me fait sourire mais dans un sens positif !
      J’ai déjà eu cette idée sur certains films produit par ce même studio… À suivre ! 😉

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  2. Pour ce film, plutôt besoin d exprimer des sensations plutôt que donner des avis positifs ou négatifs.
    Les attentes : la promo montrait des images d actions et des gros équipements militaires, il faut durant le film rapidement switch son état d esprit en « film narratif d auteur » pour en profiter et ne pas attendre « black hawk down ».
    La guerre : points de vue totalement neuf et très agréable de la réalité de la guerre ; dans ce film pas de méchant ni de gentil, pas de camps gagnants, pas de grandes revendications exprimées par l’auteur. C est agréable et non frustrant de sentir cette ambiance.
    Photographe : suivre des photographes et non des journalistes renforce d autant plus le sentiment d être parachuté dans une guerre sans en connaître les tenants et les aboutissants, sans devoir prendre un parti imposé par le réalisateur, c’est agréable comme sensation.
    Le paradoxe : parcourir des kilomètres jusqu à un centre névralgique de la guerre, Washington, est excitant, on se rapproche d une conclusion à cette guerre tout en se rendant compte durant le trajet qu elle n’a pas de sens. Cependant, montrer des tanks et de la grosse baston sur la fin paraît presque futile, pas besoin de la montrer pour la ressentir. Les belles images des explosions au loin, des avions à l horizon procure plus de sensations que des grosses explosions et matériels à bas budgets sur la fin du film.
    La boucle est bouclée sur ce point, il y a une forme d hésitation de la réalisation quant au style du film à assumer, entre balade contée dans l Amérique en guerre et le gros film d action épique, l un est présent tout au long du film, l’autre uniquement sur affiches et trailers mensongers et 10min de fin.
    Au spectateur de trier les sensations qui doivent primer durant le visionnage 😉

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  3. Film d’atmosphère à part, tout en sensations. J’ai adoré la façon dont le contexte est installé, se suffisant à lui-même, sans les habituels usages narratifs (bien contre mal, époque, situation initiale / incident / résolution…) C’est la touch Alex Garland (déjà bien perceptible dans Men ou dans ExMachina) mais qui, à quelques mois des élections américaines, fait particulièrement sens dans Civil War. Le film ne questionne pas les causes du conflit, n’incrimine pas des responsables, mais est un témoin désabusé de l’instant présent (ou « l’instantané », que la photo suggère d’ailleurs tout au long du film) et de « ce qu’il reste ». C’est une photographie de presque deux heures des différentes crises que traverse la société américaine (violence, armes, racisme, identité, division…)

    La tension est assez bien maîtrisée, et le final m’a vraiment impressionné dans sa violence symbolique et son gigantisme 🙂

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  4. […] 2024 a également brillé par d’autres créations, telles que: Alien: Romulus, Anora, Civil War, Flow (Critique à venir sur ce site), Godzilla Minus One, Kneecap, The Paysants, Longlegs, Robot […]

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  5. Je n’ai vu que des avis négatifs sur ce dernier film d’Alex Garland, mais ta critique offre un nouveau point de vue et donne finalement envie de se plonger dans cette Civil War. J’aime tout ce que fait Alex Garland, et pourtant, je me suis laissée décourager par l’opinion générale… Merci de m’avoir fait changer d’avis ! 🙂

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    1. Merci beaucoup pour ton message ! 😊
      C’est vrai que Civil War a suscité pas mal de réactions contrastées — ce qui, quelque part, n’est pas surprenant avec Garland. Il aime provoquer, déstabiliser, sortir du cadre, et ça peut diviser.

      Si tu apprécies déjà son univers, je pense que tu y retrouveras sa patte : cette tension sourde, ses questionnements sur l’humain, et cette manière presque clinique d’observer le chaos. Ce n’est peut-être pas le film le plus confortable… mais c’est justement ce qui le rend fascinant.

      Ravi d’avoir pu te redonner envie d’y jeter un œil — n’hésite pas à revenir me dire ce que tu en as pensé après visionnage ! 🎬✨

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      1. Ca y est, c’est rattrapé ! Ce n’était vraiment pas confortable à regarder, tant de cynisme, ce regard clinique comme tu le dis si bien, et des personnages qu’on n’apprend finalement pas à connaître. Mais des images restent, des répliques résonnent encore dans ma tête, et c’est là je crois le signe des grands films. Beaucoup de gens ont critiqué le manque de contexte politique, mais je trouve que c’est finalement là la grande force du film : le chaos n’a pas d’explications, chacun le gère à sa manière et nous, spectateurs, avons toute la place pour en imaginer les raisons. C’est très fort. J’ai même eu la sensation étrange, en fin de film, que c’est exactement ce qui adviendrait si une telle guerre devait se produire dans notre réalité. Le règne de l’individualisme, du chacun pour soi. On ne s’entretue plus pour des raisons politiques, raciales, ou économiques : on s’entretue parce que c’est désormais la nouvelle règle, « je tire parce qu’il tire ». C’est du grand Garland, merci à toi de m’avoir convaincue, ç’aurait été dommage de rater ça !

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        1. Merci beaucoup pour ton retour, ça me fait super plaisir de lire ça ! 🙂

          Tu mets parfaitement le doigt sur ce qui fait la force du film : cette absence d’explication qui, loin d’appauvrir le récit, le rend encore plus troublant et universel. Comme toi, j’ai trouvé cette vision du chaos glaçante de réalisme — cette idée que tout s’effondre sans raison claire, simplement parce que la violence devient la norme. Et oui, c’est typiquement du Garland dans sa manière de sonder le pire sans jamais juger. Ravi que tu l’aies finalement vu et aimé, malgré le malaise qu’il provoque ! 😉

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