Civil War
Vu
30 avril 2024 – Kinepolis (Hasselt)
Année
2024
Réalisation
Alex Garland
Production
A24
Casting
K.Dunst, W.Moura, C.Spaeny, J.Plemons
God Bless America!
Dans ce film dépeignant une Amérique plongée dans une guerre civile brutale, Alex Garland imagine un avenir sinistre et effrayant, où la violence imprévisible et les violations des droits de l’homme sont omniprésentes. Pourtant, Garland ne cherche pas à glorifier la guerre, mais plutôt à en exposer la cruauté et l’horreur à travers les yeux de quatre journalistes.
Le cinéaste britannique, connu pour avoir écrit La Plage (1996) et scénarisé 28 jours plus tard (2003), nous a également offert des œuvres de science-fiction telles que Ex Machina (2014) et Annihilation (2018). Mais une guerre civile américaine révèle-t-elle encore de la science-fiction?
Le film retrace le parcours de Lee (Kirsten Dunst), une photojournaliste renommée, et Jessie (Cailee Spaeny), une photographe en herbe, accompagnées de Joel (Wagner Moura) et Sammy (Stephen McKinley Henderson), tous deux reporters. Ensemble, ils entreprennent un voyage dangereux de New York à Washington D.C., dans l’espoir d’interviewer le président (Nick Offerman), qui, malgré un troisième mandat inconstitutionnel et sa décision de dissoudre le FBI, refuse de quitter ses fonctions.

Civil War ne se contente pas de raconter une simple histoire de guerre civile. Il interroge aussi le rôle et la responsabilité des journalistes en temps de conflit. Garland nous pousse à réfléchir si ces reporters doivent se contenter de montrer la réalité ou prendre position sur ce qui est bien ou mal. À travers des scènes de combat immersives à Washington déjà cultes, où la caméra se glisse presque entre les soldats, le film montre sans détour que la guerre ne fait aucun vainqueur.
Le film, bien que critiqué pour sa pertinence en ces temps de tensions politiques, n’est pas une satire politique directe. Garland évite délibérément toute connotation claire entre les personnages et les partis politiques, permettant à chaque spectateur de projeter sa propre interprétation.
Les performances remarquables de Dunst et Spaeny, alliées à une conception sonore phénoménale et une cinématographie poignante, renforcent l’immersion. Garland utilise une palette visuelle qui emprunte aux grands classiques du cinéma de guerre américain tout en restant unique dans son traitement.
Jesse Plemons, le vrai mari de Kirsten Dunst (Lee dans le film), que l’on voit souvent dans des rôles doux, joue ici son rôle secondaire le plus mémorable, celui d’un raciste méchant et sadique. Mention spéciale pour cette scène à la mi-film… « Et vous, quel genre d’Américain êtes-vous? »
En fin de compte, Civil War est un film audacieux et réfléchi, qui utilise le voyage de ses personnages comme une métaphore pour explorer des questions plus larges sur la polarisation, le rôle des médias, la nature de la guerre et la fragilité de la démocratie. Le film ne donne pas de réponses faciles, mais offre une vision sombre et réaliste d’un futur possible, tout en rendant hommage au rôle crucial des journalistes. C’est un film qui divertit autant qu’il fait réfléchir, laissant un impact durable sur ses spectateurs.

Focus perso – Cette bande son !
Lovefingers – Silver Apples
Le début de Civil War commence avec une contribution de Silver Apples, un groupe électro underground novateur de New York, actif à la fin des années 1960 et de nouveau au milieu des années 1990. Lovefingers est tirée de leur premier album éponyme de 1968. Elle intervient après l’ouverture du film, marquée par un discours sur l’état de l’Union du président incarné par Nick Offerman, tandis que la caméra scrute froidement les dégâts.
Rocket USA – Suicide
L’un des deux titres de Suicide qui figurent dans Civil War, le premier morceau du duo Alan Vega et Martin Rev, tombe au moment où la bande de journalistes quitte pour la première fois la ville de New York. Le rythme électronique de Rocket USA résonne alors qu’ils naviguent entre les voitures en feu et les postes de contrôle. Cette version est extraite de l’album live Ghost Riders de 1986, enregistré lors d’un concert en 1981 et initialement disponible uniquement sur cassette. Je reviendrai sur Suicide plus tard… Oh que oui !
Say No Go – De La Soul
Quelle pépite ! Cette chanson retentit après une fusillade entre deux factions en conflit. Pendant que le single Say No Go de De La Soul, extrait de leur premier album de 1989 3 Feet High and Rising, résonne dans la bande-son, des prisonniers de guerre sont exécutés. Le contraste entre le doux rock et le hip hop plus expérimental reflète le décalage entre l’imagerie dérangeante et le choix musical. Un des moments les plus marquants du film.
Sweet Little Sister – Skid Row
Ce morceau, issu du premier album éponyme du groupe américain de heavy metal Skid Row, sorti début 1989, sert de toile de fond à un moment de chaos automobile extrême. Les enfants, ne tentez pas ça chez vous ! Sweet Little Sister est la bande-son metal idéale pour un moment de folie.
Breakers Roar – Sturgill Simpson
La chanson la plus contemporaine du film provient du remarquable album de 2016 de Sturgill Simpson, A Sailor’s Guide to Earth. Breakers Roar accompagne l’un des moments les plus poignants du film, alors que le groupe traverse une forêt en flammes. Sammy est gravement blessé et contemple à travers la fenêtre les braises flottantes descendant gracieusement vers le sol. C’est une scène à la fois magnifique et cauchemardesque, imprégnée d’une profonde tristesse, tout comme la chanson elle-même. Un choix remarquable !
Dream Baby Dream – Suicide
Et voilà la deuxième apparition de Suicide dans Civil War. Après avoir entendu cette chanson alors que les crédits commençaient à défiler et que je m’apprêtais à quitter la salle, je me suis retrouvé assis sans m’en rendre compte. C’était la première fois que j’écoutais cette chanson et cela a créé un moment indescriptible. Tellement marquant que tout mon trajet d’une heure pour rentrer chez moi a été consacré à écouter cette chanson et à découvrir le groupe Suicide.
Cette fois-ci, c’est le single de 1979 Dream Baby Dream, vaguement influencé par les Talking Heads. Produite par Ric Ocasek des Cars, cette chanson frôle la perfection. Son placement à la toute fin de Civil War, après la chute de la démocratie et l’une des lignes finales les plus glaçantes de l’histoire récente, est tout simplement étourdissant. Les paroles, qui évoquent le maintien de l’espoir, ajoutent à la puissance de la scène et du moment. La flamme s’est éteinte. Le rêve est mort. Mais il est important d’avoir des rêves. Bon vent !
Si vous avez aimé : Lee (2023), A Private War (2018), Children of Men (2006), The China Syndrome (1979)

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