Poor Things
Vu
30 janvier 2024 – Sauvenière (Liège)
Année
2024
Réalisateur
Yórgos Lánthimos
Production
Searchlight Pictures
Casting
E.Stone, W.Dafoe, M.Ruffalo, R.Youssef, M.Qualley
Méchamment drôle, furieusement vivant
Poor Things, le dernier chef-d’œuvre de Yorgos Lanthimos, lauréat du Lion d’or à Venise en 2023, dévoile une histoire aussi étrange que captivante. Au cœur de cette adaptation décalée et moderne de « Frankenstein », Emma Stone incarne avec brio Bella, une étrange femme au tempérament enfantin qui a une histoire bizarre, des habitudes particulières, un environnement étrange et un tuteur attentif mais tout à fait inhabituel, le Dr Godwin Baxter, interprété par Willem Dafoe.
Dans ce monde victorien imprégné de steampunk, où les zeppelins flottent dans le ciel sans souci des réalités temporelles, Bella, guidée par le Dr Baxter, se lance dans une odyssée aussi déconcertante que comique. Le film, tiré du roman éponyme d’Alasdair Gray, évoque un équilibre délicat entre le fantastique et le burlesque.
Comme le monstre du roman de Mary Shelley, le film est un patchwork. Chaque scène est un tableau vivant, une exploration détaillée de l’univers surréaliste de Lanthimos. Des voitures à vapeur ornées de têtes de cheval aux tourbillons biomorphiques qui dansent au plafond, chaque détail semble avoir été méticuleusement conçu pour captiver et étonner. Les mésaventures de Bella offrent une expérience visuelle unique, une plongée dans un rêve surréaliste qui défie toute catégorisation temporelle.

La performance d’Emma Stone, qui semble être en route vers l’Oscar, donne vie à Bella de manière remarquable. Son enthousiasme et sa séduction transcendent les excentricités du monde qui l’entoure, faisant de Bella une figure à la fois complexe et attachante. En raison du personnage principal féminin, il est tentant de parler d’une déclaration féministe mais, dans un mélange d’humour et de réflexion, Poor Things explore des thèmes tels que le libre arbitre, l’autodétermination et les disparités de pouvoir patriarcales, tout en laissant place à des moments de profonde hilarité.
L’univers de Poor Things est une œuvre d’art cinématographique, un vrai cabinet de curiosités soutenu par des costumes somptueux (Chapeau bas, Holly Waddington!), des décors magnifiques et une bande sonore déroutante de Jerskin Fendrix. Au cours de ses aventures, Bella traverse des tableaux merveilleusement vivants : c’est comme si le cinéaste grec avait fait construire les décors par une super-équipe composée de Terry Gilliam, Wes Anderson, Michel Gondry et Jules Verne. À certains moments, le film donne presque l’impression de regarder un jeu vidéo, avec un voyage à travers différents niveaux méticuleusement créés. Chaque détail, chaque note de musique, contribue à créer une atmosphère unique, transportant le public dans un monde où la frontière entre réalité et fantaisie s’estompe.
Bien que le film puisse par moments frôler l’excès visuel, la beauté de sa réalisation et l’engagement captivant d’Emma Stone maintiennent l’attention du spectateur. Poor Things n’est pas simplement un film, c’est une expérience cinématographique qui mérite d’être explorée, célébrée pour sa créativité audacieuse et son caractère unique dans le paysage cinématographique contemporain.
Steampunk: Sous-genre de la science-fiction qui incorpore une technologie et une esthétique rétrofuturistes inspirées, sans s’y limiter, des machines industrielles à vapeur du 19ème siècle.

Focus personnel – Les atouts du film:
- La beauté des décors et costumes
- Les performances de Stone et Dafoe
- La scène finale hilarante
Focus personnel – Les faiblesses du film:
- Les quelques longueurs et lenteurs du scénario
- Même s’il reste un thème important et crucial du film, le plaisir qu’éprouve Bella à se libérer sexuellement soutient l’intérêt, mais les chichis et l’excentricité tendue peuvent à la longue lasser.
Si vous avez aimé: The Lighthouse (2019) – Dogtooth (2009) – Breaking the Waves (1996) – Bride of Frankenstein (1935)

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