The Shards
Épisodes vus
9/9
Année
2026
Plateforme
Disney+
Durée
45-50′
Casting
I.Rigney, K.Gerber, H.Warner, G.Campbell, H.J.J.Gere, O.Painter, E.R.Wood, W.Bentley
Ryan Murphy dissèque les enfants gâtés de Los Angeles
S’il est un mariage créatif qui semblait écrit dans l’enfer d’Hollywood, c’est bien celui du showrunner Ryan Murphy et du romancier Bret Easton Ellis. Avec l’adaptation sérielle de The Shards, le tandem signe un retour en force saisissant : un thriller psychologique hyper-stylisé, à la fois troublant, addictif et traversé par un second degré salvateur.
L’intrigue nous plonge dans le Los Angeles du début des années 1980. On y suit Bret (Igby Rigney), apprenti écrivain au regard détaché, entouré de sa bande d’amis privilégiés issus d’une élite fortunée. Entre rivalités amoureuses, fêtes décadentes et quête d’apparences, leur microcosme vacille lorsqu’arrive Robert Mallory (Homer Gere), un nouvel élève au charme dérangeant. Sa présence coïncide étrangement avec les agissements du « Trawler », un tueur en série sadique qui traque les adolescents de la ville.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’audace formelle du projet. The Shards emprunte les codes du drame pour adolescents façon Gossip Girl pour mieux les disséquer sous une lumière macabre et fétichiste. La mise en scène est d’une élégance clinique : la garde-robe sur mesure, la lumière étincelante de la Californie du Sud et une bande-son magistralement réinventée agissent comme un filtre hypnotique. Mais sous cette surface glacée, la série installe une paranoïa étouffante. Le scénario s’amuse à flouter la frontière entre réalité et obsession, laissant le spectateur dans un doute permanent au fil des épisodes.
Le casting brille par une alchimie singulière. Igby Rigney incarne avec une retenue fascinante cet alter ego fictionnel d’Ellis, maintenant constamment le public à distance tout en révélant les fêlures d’un personnage calculateur. À ses côtés, Kaia Gerber et Homer Gere imposent une présence magnétique, exploitant habilement leur propre aura pour enrichir leurs rôles. Mais la véritable révélation réside dans l’interprétation de Hayes Warner : sous les traits de Debbie, elle insuffle une vulnérabilité touchante et inattendue au milieu de ces figures hédonistes et souvent détestables. Mention spéciale également à Wes Bentley, terrifiant de malaise lors de ses apparitions.

Si l’œuvre n’est pas exempt de légers faux pas — le rythme souffre parfois de sous-intrigues secondaires qui tirent sur la corde et certaines partitions frôlent le camp délibéré —, l’ensemble conserve une audace scénaristique qu’on ne peut qu’admirer. La narration en voix off, volontairement peu fiable, renforce le sentiment de participer à une mascarade tragique où chaque protagoniste porte un masque pour masquer son vide absolu.
En filigrane, la série dépasse le simple slasher pour capturer l’angoisse d’une époque charnière, la fin d’une certaine insouciance et la peur de l’altérité. The Shards est une œuvre venimeuse, aussi dérangeante que captivante, qui confirme que Ryan Murphy, lorsqu’il canalise l’esprit corrosif de Bret Easton Ellis, est encore capable de signer de la très grande télévision. Un spectacle sombre, chic et résolument obsessionnel.

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