It’s Never Over, Jeff Buckley
Vu
2 septembre 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
Amy Berg
Durée
106′
Casting
J.Buckley, M.Guibert, B.Harper, R.Moore, A.Mann, J.Wasser, M.Tighe
Dans l’intimité d’une voix légendaire
Presque trente ans après la disparition tragique de Jeff Buckley par noyade à l’âge de 30 ans, le réalisateur Amy Berg tente de défaire le mythe du poète maudit pour révéler l’homme derrière la voix céleste. Évitant les écueils habituels des biographies spectaculaires, ce documentaire privilégie une approche intime qui met en lumière la sensibilité brute, la vivacité et la complexité d’un artiste d’exception.
Le film brille particulièrement par la richesse exceptionnelle de ses archives. De la ferveur intimiste des prestations au café Sin-é aux carnets intimes animés à l’écran, en passant par des messages répondeurs d’époque, la réalisation offre une immersion vibrante dans le processus créatif du musicien. Berg parvient habilement à réencadrer l’œuvre de Buckley, notamment l’album mythique Grace, non pas comme une simple collection de ballades mélancoliques, mais comme une démarche radicale, androgyne et affranchie des conventions de l’industrie musicale des années 90.

La grande force du long-métrage réside dans le choix de ses intervenants. En donnant prioritairement la parole aux femmes qui ont partagé sa vie — sa mère Mary Guibert ainsi que ses anciennes compagnes Rebecca Moore et Joan Wasser —, la narration évite les témoignages superficiels de personnalités lointaines. Ces récits croisés peignent le portrait touchant d’un homme brillant, parfois mercuriel, aux prises avec des enjeux de santé mentale et une sensibilité si vive que son esprit semblait capter toutes les fréquences à la fois.
Néanmoins, la structure du documentaire souffre de certaines lourdeurs et de choix thématiques discutables. L’accent persistant mis sur la figure du père absent, le chanteur Tim Buckley, finit par paraître disproportionné au vu du rejet manifeste que Jeff exprimait de son vivant envers cette comparaison systématique. De plus, si l’ascension de l’artiste et le succès de son premier album sont largement documentés, la genèse de ses dernières compositions — réunies plus tard dans Sketches for My Sweetheart the Drunk — demeure étonnamment survolée et traitée de manière imprécise. Le montage, bien que créatif, s’alourdit parfois d’effets visuels et d’animations superflus qui viennent parasiter l’émotion pure transmise par les documents d’époque.

Hommage sincère et vibrant, le film d’Amy Berg réussit à capturer l’esprit poignant d’un créateur hors norme tout en offrant un regard d’une grande tendresse. Il peine cependant à embrasser pleinement toute la complexité de son sujet, livrant un portrait précieux mais parfois trop lisse et incomplet. Une œuvre touchante qui ravira les passionnés, à défaut de renouveler totalement le genre de la biographie musicale.
Si vous avez aimé : Moonage Daydream (2022), Marianne & Leonard: Words of Love (2019), Amy (2015), Kurt Cobain: Montage of Heck (2015), Searching for Sugar Man (2012), Don’t Look Back (1967)

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