Good Luck, Have Fun, Don’t Die
Vu
15 août 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
Gore Verbinski
Durée
134′
Casting
S.Rockwell, H.L.Richardson, J.Temple, Z.Beetz, M.Peña
Un joyeux fourre-tout entre IA, apocalypse et voyages dans le temps
Il faut reconnaître à Gore Verbinski un certain courage : après près d’une décennie d’absence, le réalisateur revient avec une science-fiction aussi débridée qu’imparfaite, qui préfère multiplier les idées plutôt que de jouer la carte de la sécurité. Avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die, il imagine une humanité menacée par une intelligence artificielle toute-puissante et un mystérieux homme venu du futur chargé de la sauver. Sur le papier, le cocktail a de quoi séduire. À l’écran, il oscille constamment entre réjouissante fantaisie et joyeux fourre-tout.
Tout commence dans un diner de Los Angeles, lorsqu’un homme vêtu de plastique et couvert de câbles fait irruption pour annoncer la fin prochaine du monde. Sam Rockwell s’en donne alors à cœur joie dans ce rôle de prophète de l’apocalypse aussi inquiétant qu’extravagant. Persuadé d’avoir enfin réuni les bonnes personnes pour empêcher la catastrophe, il entraîne avec lui une poignée d’individus dont les vies ont toutes été bouleversées par la technologie : enseignants dépassés par leurs élèves accros aux écrans, jeune femme hostile aux réseaux et mère ayant perdu son fils et confrontée à une solution technologique aussi fascinante que dérangeante.

C’est d’ailleurs dans ces histoires individuelles que le film trouve ses idées les plus intéressantes. Derrière les gadgets, les voyages temporels et les créatures improbables, Verbinski interroge notre dépendance aux écrans, la marchandisation du deuil, l’invasion de l’intelligence artificielle ou encore notre capacité à préférer une réalité virtuelle confortable à un monde imparfait. Certaines trouvailles sont franchement savoureuses, notamment cette vision glaçante d’enfants clonés transformés en supports publicitaires ambulants. Le film sait ainsi faire rire tout en glissant quelques observations plutôt pertinentes sur une époque où la technologie prétend de plus en plus répondre à nos besoins émotionnels.
Malheureusement, cette profusion devient aussi son principal défaut. Good Luck, Have Fun, Don’t Die veut tellement tout faire qu’il finit par manquer de cohérence. Les références et influences s’accumulent, l’action part dans tous les sens et les flashbacks consacrés aux différents personnages viennent régulièrement interrompre l’élan de l’aventure principale. Certaines idées mériteraient à elles seules un véritable film, tandis que d’autres restent à l’état d’esquisses. À force de pousser chaque concept jusqu’à l’absurde, le scénario oublie parfois que l’absurde fonctionne d’autant mieux qu’il s’appuie sur des réactions humaines crédibles.

La mise en scène conserve néanmoins une belle énergie. Verbinski assume pleinement le côté cartoon de son entreprise, entre action frénétique, humour macabre et créatures improbables. Les effets visuels ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions, mais l’ensemble possède une personnalité suffisamment affirmée pour ne jamais sombrer dans la banalité. Et surtout, Sam Rockwell est formidable : électrique, imprévisible et parfaitement à l’aise dans cette folie permanente. Haley Lu Richardson tire également son épingle du jeu, apportant une touche plus humaine à un récit qui en manque parfois cruellement.
Good Luck, Have Fun, Don’t Die ressemble finalement à un brainstorming cinématographique auquel personne n’aurait demandé de supprimer les mauvaises idées. Il y en a trop, le film s’étire inutilement et son discours sur l’IA manque parfois de subtilité. Mais entre deux excès, il laisse apparaître une véritable envie de cinéma, quelques trouvailles réjouissantes et un Sam Rockwell en roue libre. Un divertissement attachant dans son désordre, mais qui aurait gagné à savoir quand s’arrêter.

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