Tuner
Vu
29 mai 2026 – À domicile
Année
2026
Réalisation
D.Roher
Durée
109′
Casting
L.Woodall, H.R.Liu, D.Hoffman, J.Reno, L.Raz
Symphonie d’un film désaccordé
Sur le papier, Tuner avait tout d’un concept accrocheur : un accordeur de pianos doté d’une oreille absolue, incapable de supporter les sons du quotidien, qui découvre une aptitude inattendue pour le cambriolage de coffres-forts. Dans les faits, le film de Daniel Roher peine à accorder ses ambitions multiples et finit par produire une œuvre inégale, souvent séduisante dans ses intentions mais frustrante dans son exécution.
Le récit suit Niki, interprété avec engagement par Leo Woodall, un jeune homme à la fois sûr de son savoir-faire et profondément désorienté dans ses relations humaines. Son hyperacousie transforme le monde en agression permanente, ce que le film illustre par un sound design particulièrement travaillé, parfois impressionnant dans sa capacité à rendre chaque bruit tangible, presque physique. Certaines séquences, notamment celles de réglage de pianos ou d’ouverture de coffres, parviennent ainsi à créer une tension sensorielle réelle, proche de ce que pouvait proposer Whiplash dans son rapport obsessionnel au son.

Le problème ne vient pas tant du point de départ que de la manière dont le scénario tente de superposer les genres. Tuner oscille entre buddy movie, romance, drame existentiel et thriller criminel, sans jamais parvenir à stabiliser son identité. Le début, plus léger et presque charmant dans sa dynamique entre Niki et son mentor Harry Horowitz (Dustin Hoffman en rôle secondaire plutôt effacé), laisse rapidement place à une mécanique narrative plus forcée, où les enjeux criminels prennent une importance disproportionnée par rapport au reste.
La relation entre Niki et la pianiste Ruthie (Havana Rose Liu) apporte pourtant une vraie respiration au film. Leur lien, construit autour de leur rapport singulier au son et à la musique, possède une sincérité indéniable. Ces moments intimes contrastent avec les dérives du scénario vers des intrigues de plus en plus invraisemblables, impliquant un milieu criminel dirigé par Uri (Lior Raz), figure certes charismatique mais intégrée de manière assez schématique. Jean Reno, pourtant présent, n’est qu’une présence périphérique sous-exploitée, symptôme d’un casting plus prestigieux que réellement utile.

Au fil du récit, le film semble hésiter sur la place à donner à ses propres thèmes : solitude, transmission, talent contrarié ou corruption morale. Cette indécision affaiblit la portée dramatique de l’ensemble, d’autant plus que certains développements reposent sur des facilités scénaristiques ou des coïncidences peu convaincantes. Même la montée en tension liée aux cambriolages perd en crédibilité à mesure que le film avance.
Reste une mise en scène souvent élégante et un travail sonore indéniablement ambitieux, soutenu par une bande originale soignée. Quelques séquences montées avec énergie parviennent encore à capter l’attention, notamment grâce au charisme de Leo Woodall, dont la performance maintient le film à flot malgré ses déséquilibres.
Mais à force de vouloir conjuguer trop de tons et trop de genres, Tuner finit par se disperser. Derrière son idée forte et son univers sonore immersif, il laisse l’impression d’un film qui entend beaucoup, mais qui ne parvient pas toujours à dire quelque chose de clair. Une expérience parfois stimulante, mais rarement pleinement aboutie.

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