Pluribus – S1
Episodes vus
9/9
Année
2025
Plateforme
Apple TV+
Durée
45-50′
Casting
R.Seehorn, K.Wydra, C.M.Vesga, M.Shor
Une science-fiction inconfortable sur le droit d’aller mal
Avec Pluribus, Vince Gilligan signe une œuvre déroutante, audacieuse et profondément inconfortable, qui confirme son talent pour transformer des concepts vertigineux en expériences narratives résolument humaines. Abandonnant les territoires criminels de Breaking Bad et Better Call Saul, le créateur explore ici une science-fiction à la fois satirique, philosophique et existentielle, où la fin du monde ne prend pas la forme du chaos, mais d’une harmonie forcée.
Le point de départ est aussi simple que radical : l’humanité entière est absorbée par une conscience collective, une ruche parfaitement pacifiée où règnent bienveillance, consensus et bonheur absolu. Une utopie, à ceci près qu’elle laisse sur le bord de la route une poignée d’êtres humains restés immunisés. Parmi eux, Carol Sturka, romancière à succès installée à Albuquerque, figure abrasive, solitaire et douloureusement lucide, interprétée avec une intensité remarquable par Rhea Seehorn. Alors que le monde s’apaise, Carol, elle, refuse. Refuse d’adhérer, refuse de se taire, refuse de devenir une parmi des milliards.

La grande réussite de Pluribus tient dans ce renversement glaçant : l’apocalypse ne détruit pas la civilisation, elle la rend trop parfaite. Gilligan imagine un monde transformé en immense service client, où chaque désir est anticipé, chaque frustration absorbée, chaque conflit éradiqué. Derrière cette gentillesse universelle se dessine pourtant une violence sourde : celle de l’effacement de l’individu, de la pensée dissonante, du droit à la colère et à l’inconfort. Le sourire permanent devient une arme, la sollicitude une stratégie d’assimilation.
La série assume un rythme lent, parfois contemplatif, qui pourra désarçonner. Mais cette lenteur sert un projet précis : scruter, presque à la loupe, la manière dont une femme en deuil résiste à un monde qui lui intime d’aller mieux. La perte de Helen, sa compagne, irrigue chaque décision de Carol et donne à son obstination une résonance intime, loin de tout héroïsme classique. Pluribus n’est pas une enquête à mystère ni une course contre la montre, mais une étude de caractère, parfois rude, souvent troublante.

Visuellement, la mise en scène alterne entre une lumière artificiellement rassurante et des éclats nocturnes aux accents néon, traduisant l’opposition entre façade et malaise. La direction artistique, précise et symbolique, participe à l’étrangeté diffuse de l’ensemble. Quant à Rhea Seehorn, elle porte la série avec une justesse impressionnante, rendant Carol tour à tour agaçante, vulnérable, drôle et profondément humaine.
Si Pluribus n’atteint pas toujours la densité émotionnelle des précédentes œuvres de Gilligan et souffre parfois d’un étirement excessif, son ambition, sa singularité et la pertinence de ses questionnements en font une proposition rare. Une fable sombre et ironique sur le prix de l’harmonie, qui rappelle que le progrès naît souvent de la friction, et que le bonheur, lorsqu’il devient obligatoire, peut vite se transformer en cauchemar.

Si vous avez aimé : Sense8 (2015), The Leftovers (2014), War of the Worlds (2005), The Thing (1982), The Stepford Wives (1975), Village of the Damned (1960), Invasion of the Body Snatchers (1956)

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