The Secret Agent
Vu
4 décembre 2025 – Sauvenière Liège
Année
2025
Réalisation
Kleber Mendonça Filho
Durée
160′
Casting
W.Moura, U.Kier, M.F.Candido, G.Leone, A.Carvalho
Traque et mémoire – Plongée dans le Brésil des années 1970
Avec The Secret Agent, Kleber Mendonça Filho propose un thriller historique ambitieux qui s’empare des heures sombres de la dictature brésilienne des années 1970 pour en extraire un récit de fuite, de clandestinité et de mémoire traumatique. Le cinéaste s’intéresse à un homme traqué, contraint de changer d’identité pour protéger son fils après avoir été impliqué dans des recherches jugées menaçantes par le régime militaire. Derrière cette intrigue à la fois intime et politique affleure une colère sourde, nourrie par les injustices d’un passé encore brûlant.
L’ouverture, composée d’archives visuelles et sonores rappelant un Brésil englouti par la censure, installe immédiatement un climat de paranoïa diffuse. À mesure que la narration avance, une question s’impose : jusqu’où le film cherche-t-il à embrasser l’Histoire ? L’ambition est manifeste, peut-être trop pour une structure qui retarde longtemps ses enjeux avant d’enfin lever le voile sur la menace pesant sur son protagoniste. En résulte une première heure lente, parfois frustrante, malgré quelques fulgurances visuelles indéniables.

Le long-métrage trouve un nouveau souffle lorsqu’il bascule dans un cinéma plus frontal, où les révélations éclairent soudain la trajectoire d’Armando devenu Marcelo. La mise en scène excelle alors à capter la tension d’une fuite nocturne, dans un carnaval à Recife filmé comme un labyrinthe hanté par les fantômes du régime. Les couleurs, la densité des rues et la texture sonore confèrent une véritable puissance sensorielle au récit, au risque toutefois de diluer l’intensité du propos sous la séduction plastique.
L’autre versant du film repose sur un dispositif assez audacieux : des scènes contemporaines où une étudiante transcrit les aveux enregistrés du héros. La construction en va-et-vient, pensée comme un dialogue entre passé et présent, interroge la persistance des traumatismes d’État. Cette alternance apporte un souffle réflexif bienvenu, même si elle fragmente parfois le rythme général et ralentit une narration déjà étirée par un montage très ample de près de deux heures trente.

Certaines touches insolites — apparition animale ou digressions grotesques — déstabilisent autant qu’elles intriguent, dans une veine hybride mêlant thriller politique, mélodrame clandestin et éclats quasi fantastiques. Ces éléments peuvent séduire ou dérouter ; ils témoignent certes d’une liberté réjouissante, mais contribuent à l’impression d’un film tiraillé entre sérieux historique et énergie pulp. Une audace qui inscrit l’œuvre dans la continuité d’un cinéma brésilien contestataire, certes, mais au prix d’une cohérence parfois vacillante.
Reste une déclaration d’amour au cinéma lui-même, présenté comme sanctuaire fragile, refuge possible face à la violence du monde. Ce motif, insistant mais sincère, habite la mise en scène et enveloppe la conclusion d’une émotion mélancolique. The Secret Agent offre une expérience troublante, souvent superbe, parfois maladroite.

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