L’Accident de piano
Vu
16 novembre 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Quentin Dupieux
Durée
88′
Casting
A.Exarchopoulos, J.Commandeur, S.Kiberlain, K.Leclou
La dissonance selon Dupieux – Humour noir et note creuse
Avec L’Accident de piano, Quentin Dupieux s’aventure dans une satire contemporaine qui, malgré des intentions louables, peine à convaincre pleinement. Le film suit Magalie, star des réseaux sociaux dont les vidéos extrêmes transforment sa douleur physique en spectacle viral. Après un accident avec un piano, elle se retire dans un chalet alpin avec son assistant (Jérôme Commandeur), où l’arrivée d’une journaliste (Sandrine Kiberlain) et d’un fan obsessionnel (Karim Leclou) fait basculer sa routine déjà absurde. L’idée de base — questionner la célébrité numérique et la culture du vide — est séduisante, mais l’exécution manque de constance et de souffle.
Le film surprend par sa tonalité sombre et froide, loin de la folie douce qui caractérisait les précédents films de Dupieux. Là où l’humour était autrefois libre et imprévisible, il se fait ici grinçant, intermittent, et parfois inconfortable. L’absurde cohabite avec une noirceur clinique, donnant au spectateur autant envie de sourire que de grimacer. La narration linéaire et structurée, inhabituelle pour le réalisateur, rend l’œuvre plus lisible mais également plus prévisible, réduisant la part de vertige et de surprise qui faisait le charme de ses longs-métrages antérieurs.

Adèle Exarchopoulos incarne Magalie avec un engagement total. Son personnage, narcissique, manipulateur et étrangement fascinant dans sa vacuité, devient l’âme du film. Ses sourires figés, ses expressions enfantines et sa gestuelle singulière donnent vie à une influenceuse déshumanisée, obsédée par le spectacle de sa douleur. Elle porte le film, insufflant une intensité et une complexité que le scénario, plus morne, ne parvient pas toujours à soutenir. L’univers qui l’entoure — un chalet isolé, des assistants passifs, des fans et journalistes superficiels — reflète ce vide, mais accentue aussi la froideur de la mise en scène.
Visuellement, Dupieux privilégie un minimalisme fonctionnel: décors épurés, cadrages sobres et photographie neutre. Cette sobriété, volontairement dépouillée, met en avant la mécanique sociale et psychologique des personnages, mais elle enlève également toute dimension poétique ou sensorielle au récit. La satire de la culture des réseaux sociaux, bien que présente, reste trop superficielle pour marquer durablement, et le film donne parfois l’impression d’illustrer ses idées plutôt que de les explorer profondément.

En fin de compte, L’Accident de piano est un film clivant. Il combine moments de noirceur fascinants et scènes de malaise volontaire, mais il souffre d’un manque d’équilibre et d’imprévisibilité. Si l’on reconnaît l’ambition du réalisateur et la performance magistrale d’Exarchopoulos, l’ensemble reste trop rigide et monotone pour pleinement séduire. Dupieux tente de commenter la superficialité et le nihilisme contemporains, mais le film ne parvient qu’à suggérer ce qu’il pourrait être. Deux étoiles, donc: une pour l’audace et l’autre pour la performance centrale — le reste se perd dans la froideur et l’ennui.

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