Frankenstein
Vu
28 octobre 2025 – Pathé Maastricht
Année
2025
Réalisation
Guillermo del Toro
Durée
149′
Casting
J.Elordi, O.Isaac, M.Goth, C.Waltz, F.Kammerer, D.Bradley
Del Toro réinvente le mythe – La beauté du monstrueux
Guillermo Del Toro s’attaque avec audace à l’un des mythes les plus re-racontés de l’imaginaire: Frankenstein. Et, contre toute attente, c’est une version à la fois fidèle à l’esprit de Mary Shelley et résolument personnelle qu’il propose. Le film n’est pas une simple réplique ou hommage: il est une réinvention lumineuse – cruelle, visionnaire et poignante – d’un récit qui, malgré les siècles, continue d’interroger la condition humaine, l’obsession créatrice et les frontières entre créateur et créature.
Del Toro rompt avec la linéarité attendue en ouvrant sur l’Arctique, là où Victor Frankenstein et sa créature s’affrontent dans un jeu de chasse réciproque. Cette inversion narrative met d’emblée l’emphase sur le lien sombre — et fragile — entre les deux protagonistes. En plaçant l’action en 1857 plutôt qu’au moment d’origine, le cinéaste module la technologie électrique comme moteur du fantastique, tout en conservant la tension romantique entre l’innocence, la mesure et l’obsession dévorante.

Jacob Elordi déploie un monstre d’une grande finesse: capable d’une douceur bouleversante — sa tendre caresse à une souris est une de ces images qui restent — mais aussi d’une violence terrifiante. Sa quête d’identité, de langage, d’appartenance résonne comme une solitude universelle. Oscar Isaac, quant à lui, campe un Victor oscillant entre confiance quasi prophétique et débordements incontrôlés ; jamais caricatural, toujours intimement habité par ses contradictions. Christoph Waltz, dans le rôle du bienfaiteur financier Harlander, injecte une ambiguïté fascinante: fidèle soutien ou manipulateur ? Mia Goth, en Elizabeth, conserve une présence fragile mais lumineuse, même si le scénario lui offre parfois (trop) peu d’ampleur — un regret parmi d’autres.
Visuellement, Frankenstein est un tableau baroque vivant: rouges profonds et noirs luxuriants dominent des décors finement ciselés, à la frontière de l’illustration gothique et du vitrail victorien. Le film sublime chaque plan, chaque texture, chaque détail, parfois au prix d’une lenteur perceptible. Le souffle de l’horreur ne s’épanouit pas toujours au rythme de la beauté, et l’on perçoit parfois une retenue trop calculée. Mais c’est précisément ce raffinement qui fait l’empreinte de Del Toro: un film qui se regarde autant qu’il se ressent.

La transition vers le point de vue de la créature — un choix narratif risqué — parvient néanmoins à relier les deux existences dans une empathie troublante. Le film invite à repenser le « monstre »: ni Victor ni la créature ne sont monstrueux en soi, mais sont chacun tourmentés, blessés, incompris.
La grande force du film réside dans sa capacité à réinventer sans trahir: l’obsession créative, le désir de contrôler la mort, la solitude, la douleur existentielle sont réaffirmés avec une gravité nouvelle. Le casting est irréprochable, le design visuel saisissant, l’ambition philosophique présente sans jamais devenir didactique. Toutefois, la tension dramatique s’essouffle parfois sous le poids de l’esthétique — le passage à la parole du monstre, si émouvant, peut apparaître abrupt.

Avec Frankenstein, Del Toro signe une œuvre à la fois grandiose et intimiste, capable d’éveiller le frisson autant que la mélancolie. Ce film se tient comme une lamentation sur le divin et le monstrueux, sur la solitude d’un créateur et la quête vitale d’un être rejeté. Si le rythme n’est pas exempt de moments de retenue, l’ensemble impressionne par sa puissance visuelle et son audace narrative. Une réussite qui mérite bien ses quatre étoiles — un classique modernisé, tout en ombres et en lumière, qui invite à redéfinir la monstruosité dans ce qu’elle a d’humain.

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