One Battle After Another

Vu

Année

Réalisation

Durée

Casting

Une explosion de révolte et d’humanité

D’emblée, One Battle After Another s’impose comme l’un des sommets de la filmographie de Paul Thomas Anderson. Telle une flèche décochée dans le tumulte de notre époque, ce film nous emporte dans une course haletante où rébellion, amour filial et satire politique s’entrelacent avec une virtuosité rare. On sort de la salle sonné — mais vivant — comme si l’écran avait battu au rythme de notre cœur.

L’intrigue débute sur les chapeaux de roue, dans une opération spectaculaire menée par le groupe révolutionnaire French 75 à la frontière américano-mexicaine. Le pouvoir s’y expose dans sa monstruosité, incarné par le colonel Lockjaw (Sean Penn) — une figure d’autorité toxique obsédée par Perfidia (Teyana Taylor), meneuse charismatique et sauvage. Le coup d’éclat initial frappe comme une déflagration: l’humiliation qu’il subit sous ses yeux déclenche un désir de domination destructeur, qui va alimenter la suite du récit.

Seize ans plus tard, l’histoire bifurque vers une dimension plus intime: Bob (Leonardo DiCaprio), ex-révolutionnaire exilé, vit replié dans une cabane avec sa fille adolescente Willa (Chase Infiniti). Il tente de mener une vie ordinaire malgré ses démons — alcool, errance, souvenirs d’une époque de luttes — tandis que Lockjaw refait surface, prêt à reprendre la chasse. Le retour du passé est brutal ; les idéaux et les cicatrices refont surface, dans une confrontation qui mêle idéologie, vengeance et destin familial.

Le film est un kaléidoscope de tons: aussi apte à surprendre par sa comédie grinçante qu’à saisir par sa beauté tragique. Anderson réussit l’équilibrisme délicat entre une satire engagée — sans jamais se faire pesante — et un spectacle cinématographique à couper le souffle. Le montage soutenu, l’énergie visuelle constante et le souffle de la caméra créent une dynamique quasi permanente de mouvement.

La bande-son de Jonny Greenwood mérite une mention à part — radieuse, inventive, parfois seulement une note isolée qui revient en leitmotiv, elle électrise littéralement chaque plan. Les prises de vue de Michael Bauman ajoutent une finesse discrète: loin des effets ostentatoires, le cadrage épouse les personnages — on respire avec eux, on vacille avec eux.

Les performances d’acteurs sont tout simplement flamboyantes. DiCaprio incarne un homme en lutte avec lui-même, à la fois affecté et résolu. La connexion qu’il noue avec Chase Infiniti est le cœur battant du film. Taylor et Hall, dans leurs rôles de femmes puissantes et ambivalentes, portent une présence magnétique. Quant à Sean Penn, il signe une des incarnations les plus marquantes d’autorité toxique — grotesque et tragique à la fois — capable de faire trembler l’écran.

Ce qui rend One Battle After Another inoubliable, c’est cette capacité à être à la fois un grand film d’action, un drame familial, une fable politique et une comédie absurde. Anderson pousse la satire sans la démonstration, joue avec l’Histoire sans s’y enfermer, mais invite à repenser nos mythes et nos silences. Le film parle de mémoire effacée, de lutte contre l’oubli, et de ce que nous choisissons de transmettre ou de taire.

En conclusion, One Battle After Another est un tour de force total: ample, viscéral, espiègle et profond. Il prouve que Paul Thomas Anderson, toujours audacieux, signe ici l’un de ses accomplissements les plus aboutis, avec une œuvre d’une densité rare. Une leçon de cinéma qui résonne dans notre époque troublée — mais aussi une ode à la résistance, artistique et intime.

Scénario
4/5

Acting
4.5/5

Image
4.5/5

Son
5/5

Note globale
90%

Paul Thomas Anderson signe avec One Battle After Another une fresque à la fois politique et intime, où s’entrelacent fureur révolutionnaire, drame filial et satire du pouvoir. Entre tension et lyrisme, le film déploie une mise en scène envoûtante, sublimée par la musique de Jonny Greenwood et des interprétations habitées. Porté par un souffle épique et une émotion brute, ce chef-d’œuvre conjugue spectacle, réflexion et humanité avec une intensité rare.

Laisser un commentaire

  1. Bravo Pierre, cet article bat lui-aussi au rythme exaltant de cet opus majeur de Paul Thomas Anderson. J’ai aimé énormément ce film qui marque sans aucun doute la production annuelle. La deuxième adaptation de Pynchon aura donc été encore meilleure, car elle n’est pas que drôle, absurde et superbement réalisée, elle présente un regard saisissant sur les réalités du pays. Très fort.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire ! Je suis ravi que l’article et le film t’aient autant parlé. Ta lecture de l’adaptation et ton appréciation du regard qu’elle porte sur le pays enrichissent vraiment la discussion. Très heureux de partager cet enthousiasme cinéphile avec toi !

      Aimé par 1 personne