The Thursday Murder Club

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De la page à l’écran – Un souffle romanesque évaporé

Adapter un phénomène littéraire est toujours un pari risqué. Richard Osman avait réussi, avec son roman de 2020, à donner un souffle nouveau au genre du whodunnit britannique grâce à une approche légère, ironique et empreinte de tendresse. Son histoire de retraités qui se muent en détectives amateurs avait conquis un lectorat avide de distraction en pleine pandémie. Netflix espérait sans doute retrouver ce mélange de cocooning et de suspense en portant le livre à l’écran. Malheureusement, la magie s’évapore dans une adaptation qui manque de ton, de rythme et de véritable personnalité.

Le décor, d’abord, semble prometteur: Coopers Chase, une résidence luxueuse pour seniors, évoque davantage un palais victorien qu’un centre de retraite. C’est dans ce cadre opulent que se réunit chaque semaine le fameux club du jeudi, composé d’Elizabeth, ancienne responsable du MI6 (Helen Mirren), de Ron l’ex-syndicaliste (Pierce Brosnan), du psychiatre Ibrahim (Ben Kingsley) et de Joyce, infirmière à la retraite et pâtissière compulsive (Celia Imrie). Leur passe-temps insolite ? Replonger dans des affaires criminelles non résolues, avec la complicité d’une policière ambitieuse et d’un inspecteur au penchant prononcé pour le chocolat.

Lorsque l’ombre d’un projet immobilier plane sur le domaine et que l’un des propriétaires, Tony Curran, est retrouvé assassiné, l’intrigue semble enfin décoller. Pourtant, la promesse de mystère s’enlise vite dans une mécanique poussive. Le scénario accumule les sous-intrigues et surcharge inutilement une structure déjà fragile, au point que le spectateur peine à s’attacher à l’enquête ou à ses protagonistes.

La distribution, pourtant impressionnante sur le papier, ne parvient pas à sauver l’ensemble. Mirren, Kingsley, Brosnan, Imrie: tous incarnent leurs rôles avec professionnalisme, mais leurs dialogues sont tellement plats qu’aucune étincelle ne jaillit. Même les clins d’œil méta, comme la réplique où Stephen (Jonathan Pryce) compare son épouse à la reine – rôle mythique autrefois porté par Mirren –, sonnent comme des facilités qui peinent à arracher un sourire.

Le plus grand défaut de cette adaptation réside dans son absence de ton. Là où Osman manie humour et ironie pour contrebalancer la noirceur des crimes, Chris Columbus signe une mise en scène étrangement incolore, dépourvue de la malice ou de l’autodérision propres au “cozy crime” britannique. La communauté de Coopers Chase, qui aurait pu devenir un microcosme attachant, reste un simple décor, vidé de chaleur humaine. Quant au rythme, il s’effrite jusqu’à rendre l’expérience interminable: deux heures qui s’étirent sans jamais vraiment captiver, comme une série télé du dimanche soir étendue au format d’un long métrage.

Même la révélation finale, censée surprendre et relancer l’intérêt, tombe à plat. Ni véritable suspense, ni émotion, ni ironie salvatrice: tout est aplati, comme si l’on avait voulu gommer chaque aspérité pour séduire un public le plus large possible, mais au prix de toute saveur.

Au final, The Thursday Murder Club ressemble à une belle occasion manquée. Avec un matériau de départ aussi fertile et un casting aussi prestigieux, on pouvait espérer un divertissement élégant et pétillant, capable de rivaliser avec les récents Knives Out ou de surfer sur la vague de Only Murders in the Building. On hérite au contraire d’un produit formaté, terne et trop long, qui gaspille ses talents et peine à trouver son identité. Un cosy crime sans chaleur, un mystère sans mystère.

Scénario
2/5

Acting
3/5

Image
2/5

Son
1/5

Note globale
40%

L’adaptation de The Thursday Murder Club peine à retrouver le charme du roman de Richard Osman. Malgré un casting prestigieux et un cadre séduisant, le film manque de rythme, de personnalité et d’humour, rendant l’intrigue prévisible et peu engageante. L’ensemble paraît terne et dépourvu de la chaleur et de l’esprit qui faisaient le succès du livre.

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  1. J’en ai aperçu des bribes hier soir car mon épouse regardait. Ça m’a semblé bien plan-plan en effet. Une sorte de polar du dimanche soir avec un peu plus de budget.
    Il est loin de Columbus de « Young Sherlock Holmes ».

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    1. Merci pour ton retour ! 🙂
      C’est vrai que le rythme peut donner cette impression de « polar du dimanche soir », même si j’ai trouvé qu’il essayait par moments de jouer sur une atmosphère plus sombre et feutrée. La comparaison avec Young Sherlock Holmes est intéressante : on est clairement dans une autre approche, moins inventive et plus classique, ce qui peut expliquer la déception. Reste que la mise en scène et le budget permettent au moins quelques beaux moments visuels.

      Aimé par 1 personne