Caught Stealing

Vu

Année

Réalisation

Production

Casting

Quand Aronofsky flirte avec les frères Coen

Avec Caught Stealing, Darren Aronofsky signe l’un de ses films les plus surprenants et accessibles. Après les tensions métaphysiques de Mother! ou la gravité de The Whale, il revient à une veine plus ludique, imprévisible et déchaînée. Adapté du roman culte de Charlie Huston par l’auteur lui-même, ce thriller néo-noir s’offre comme une plongée délirante dans un New York de la fin des années 1990, entre violence absurde, humour noir et énergie cinétique.

Au centre du récit, Hank Thompson, ex-espoir du baseball dont la carrière a été brisée par un accident, végète désormais comme barman et alcoolique chronique. Austin Butler prête à ce personnage une fragilité touchante, entre désillusion et maladresse, mais aussi une humanité qui le rend immédiatement attachant. Chaque jour, il garde pour seul repère ses appels téléphoniques à sa mère, passionnée comme lui des San Francisco Giants, et l’amour de Yvonne (Zoë Kravitz), paramédic protectrice qui tente de lui offrir une stabilité.

Mais le quotidien de Hank bascule lorsqu’il accepte, presque par bonté naïve, de s’occuper du chat grincheux de son voisin Russ (Matt Smith, méconnaissable en punk britannique au look criard). Russ, criblé de dettes, a attiré sur lui l’attention de gangsters russes et hassidiques. Très vite, Hank devient le bouc émissaire idéal et se retrouve broyé dans une spirale de coups, de chantages et de menaces de mort.

Le film joue habilement avec cette figure de protagoniste passif, un homme ordinaire entraîné malgré lui dans des situations de plus en plus invraisemblables. Comme dans un cauchemar comique, il est sans cesse contraint d’improviser sa survie, poursuivi par des adversaires hauts en couleur. Vincent D’Onofrio et Liev Schreiber incarnent ainsi un duo de mafieux hassidiques aussi terrifiants que grotesques, sorte de Laurel & Hardy sous acide, accompagnés d’une Bubbe délicieusement campée par Carol Kane. Leur présence donne au film une touche absurde et presque surréaliste, digne des univers des frères Coen.

Aronofsky, accompagné de ses fidèles collaborateurs Matthew Libatique (image) et Andrew Weisblum (montage), orchestre ce chaos avec une jubilation communicative. Les séquences d’action, brutales et imprévisibles, alternent avec des moments de respiration où l’humour perce au milieu de la noirceur. Le choix d’ancrer l’intrigue en 1998 permet par ailleurs de jouer avec une nostalgie savoureuse: jukebox diffusant Smash Mouth, talk-shows télévisés, téléphones portables à minutes limitées. Une époque où l’absence de technologie omnisciente ajoutait tension et imprévu.

Si le film ne se prive pas de quelques excès, notamment dans la manière dont Hank semble parfois encaisser des traumatismes avec une rapidité déconcertante, il réussit néanmoins à maintenir un équilibre entre brutalité et légèreté. Cette oscillation, loin de diluer l’impact, confère au récit une saveur singulière: un mélange d’ultra-violence, d’absurde et de pathétique qui fonctionne étonnamment bien.

Au final, Caught Stealing apparaît comme une réjouissante anomalie dans la carrière d’Aronofsky: moins prétentieux que ses œuvres les plus hermétiques, mais toujours marqué par son goût du déséquilibre et de l’expérimentation. Grâce à une galerie de personnages savoureux, une mise en scène nerveuse et un ton constamment imprévisible, le film séduit autant qu’il secoue. Et puisqu’il s’agit du premier volet d’une trilogie littéraire, on ne peut qu’espérer que le cinéaste poursuive l’aventure.

Scénario
3.5/5

Acting
4/5

Image
4/5

Son
4.5/5

Note globale
80%

Le nouveau film de Darren Aronofsky, Caught Stealing, s’impose comme un thriller néo-noir à la fois déjanté et accessible, où l’absurde côtoie l’ultra-violence. Porté par Austin Butler en ex-joueur de baseball brisé, le récit entraîne son antihéros malgré lui dans une spirale de menaces et de poursuites grotesques. Entre humour noir, énergie frénétique et galerie de personnages hauts en couleur, Aronofsky signe une œuvre hybride, chaotique mais réjouissante, qui confirme sa capacité à surprendre.

Répondre à Pierre Vanesse Annuler la réponse.

  1. Quelle plongée ! Quelle réussite ! Je suis tombée en amour pour ce film.

    Aimé par 1 personne

  2. Eh bien je suis ravi de lire sous ta plume aussi acérée que les crocs du chat Bud que nous sommes une fois encore sur la même ligne. J’ai trouvé ce film très réussi, un pas de côté de la part d’Aronofsky qui se permet une échappée dans ses quartiers de prédilection, sur un ton auquel il ne nous a pas habitués. On reconnaît la patte (je dirais même la griffe en l’occurrence) du réalisateur dans le montage, dans ses aspects frénétiques et syncopés. J’ajoute une mention pour l’excellente BO spécialement composées pour le film par les furieux britanniques Idles, un groupe que j’aime énormément.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire, c’est un vrai plaisir de lire un enthousiasme partagé ! 🙏 Je suis entièrement d’accord avec toi : Aronofsky réussit ici un équilibre fascinant entre sa signature reconnaissable et une audace nouvelle. Le montage frénétique et syncopé apporte une énergie unique, et la BO des Idles vient vraiment sublimer l’ensemble. Ton analyse de “la griffe” du réalisateur est parfaite, je n’aurais pas dit mieux.

      Aimé par 1 personne