Weapons
Vu
25 août 2025 – Kinepolis (Rocourt)
Année
2025
Réalisation
Zach Cregger
Production
Warner Bros. Pictures
Casting
J.Garner, A.Madigan, J.Brolin, C.Christopher, A.Ehrenreich
De Barbarian à Weapons – La confirmation d’un auteur
Weapons s’ouvre sur une image glaçante qui restera longtemps imprimée dans les mémoires: à 2h17 du matin, dix-sept enfants d’une même classe quittent leur lit, franchissent la porte de leur maison et disparaissent dans la nuit. Cette vision étrange, presque enfantine, se transforme rapidement en cauchemar collectif, bouleversant la tranquillité apparente de Maybrook, une bourgade américaine à l’allure paisible mais rongée par des tensions souterraines. Avec ce deuxième long métrage, Zach Cregger confirme l’éclat de son talent révélé par Barbarian et signe une fresque horrifique ambitieuse, aussi imprévisible qu’élégante.
Plutôt qu’une narration linéaire, Weapons opte pour une structure chorale, inspirée de Magnolia ou Rashomon, multipliant les points de vue. Au centre, Julia Garner incarne Justine Gandy, institutrice fragilisée par les soupçons d’une communauté qui refuse d’admettre son impuissance. Son jeu, à la fois nerveux et vulnérable, donne un relief poignant à cette figure injustement accusée de sorcellerie moderne. Face à elle, Josh Brolin prête ses traits à un père obsédé par les images de sa caméra de surveillance, persuadé d’y lire les clés du mystère. Autour d’eux gravitent un policier dépassé (Alden Ehrenreich), un principal tiraillé (Benedict Wong) et un marginal (Austin Abrams), tous dessinant le portrait kaléidoscopique d’une ville en décomposition morale.

Cregger déploie ici une mise en scène d’une remarquable assurance. Sa caméra épouse la frénésie d’un coup de portière, l’élan d’une course ou le fracas d’un corps au sol, sans jamais sombrer dans la démonstration vaine. Avec l’aide du chef opérateur Larkin Seiple (Everything Everywhere All at Once), il confère au film une énergie visuelle qui capte à la fois l’étrangeté et la banalité du quotidien. La lumière crue du jour devient aussi inquiétante qu’un sous-sol obscur, tandis qu’un simple battement de porte ou une entrée dans un salon plongé dans l’ombre fait naître une peur primitive.
Le film ne se contente pas d’empiler les frissons: il interroge aussi les fractures contemporaines. L’image surréaliste d’un fusil d’assaut planant comme un spectre au-dessus d’une maison convoque immanquablement la mémoire des fusillades scolaires. La prolifération des caméras de surveillance, impuissantes à prévenir la tragédie, évoque un monde hyperconnecté mais dénué de solidarité réelle. Le regard de Cregger ne se veut pas didactique: il préfère laisser planer l’ambiguïté, entre allégorie sociale et pur plaisir de cinéma horrifique.

Malgré ces atouts, Weapons n’échappe pas à certaines limites. Ses personnages, parfois esquissés plus que creusés, ressemblent davantage à des figures au service d’un puzzle qu’à des êtres complexes. La multiplication des points de vue, si elle entretient le mystère, introduit aussi des inégalités de rythme. Enfin, le final, brutal et grand-guignolesque, divise: spectaculaire, mais peut-être moins profond que ce que laissait espérer la montée en puissance.
Ces réserves ne ternissent pourtant pas l’éclat de l’expérience. Car Weapons reste un objet de cinéma généreux, à la fois effrayant et drôle, ancré dans une tradition horrifique qui convoque Stephen King aussi bien que Romero, tout en s’autorisant des éclats de comédie inattendus. Rarement un film d’horreur récent aura su mêler avec autant d’aisance l’efficacité du divertissement et la résonance symbolique.
Au sortir de la salle, une certitude demeure: Zach Cregger a franchi un cap ! Weapons confirme son sens du récit ludique et de la mise en scène viscérale, tout en dévoilant une ambition d’auteur. Une œuvre imparfaite, certes, mais singulière, inquiétante et jubilatoire. Un cauchemar collectif qui fait rire, trembler, réfléchir – et qui mérite largement ses quatre étoiles.

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