The Salt Path
Vu
9 août 2025 – Churchill (Liège)
Année
2025
Réalisation
Marianne Elliott
Production
Black Bear UK
Casting
G.Anderson, J.Isaacs, J.Lance, H.Norris
Quand le chemin devient refuge
Il est des histoires où le décor devient un personnage à part entière. Dans The Salt Path, ce sont les falaises accidentées et les vents salés du South West Coast Path qui portent, autant que les dialogues ou la musique, le récit d’un couple contraint de réinventer sa vie. Marianne Elliott, figure reconnue du théâtre britannique, signe ici son premier long métrage et s’attaque à l’adaptation du best-seller autobiographique de Raynor Winn. Elle en tire un drame intimiste, à la fois contemplatif et fragile, qui ne craint pas de prendre son temps – quitte à en perdre quelques spectateurs en route.
Ray et Moth, interprétés avec justesse par Gillian Anderson et Jason Isaacs, sont dans la cinquantaine lorsqu’ils voient leur vie basculer. Escroqués, ruinés et expulsés de leur ferme, ils apprennent en prime que Moth souffre d’une maladie neurologique dégénérative incurable. Plutôt que de céder au désespoir, Ray lance une idée folle: marcher les mille kilomètres du sentier côtier, avec pour seules ressources leurs sacs à dos, une tente et quarante livres par semaine. C’est ainsi que débute un périple où chaque pas devient un acte de résistance face à la fatalité.

La mise en scène privilégie une approche réaliste, sans excès de pathos ni glorification héroïque. Le film alterne scènes de marche, rencontres imprévues et moments de survie presque triviaux – partager un sachet de thé, accepter une bouilloire d’eau chaude offerte par un inconnu – mais qui prennent une valeur immense pour ces voyageurs involontaires. Quelques flashbacks viennent éclairer la situation initiale, même si ce va-et-vient narratif, concentré surtout dans la première demi-heure, fragilise un peu l’immersion.
La force de The Salt Path réside avant tout dans l’alchimie entre Anderson et Isaacs. Leur jeu subtil, presque économe en dialogues, laisse affleurer la tendresse, l’agacement, la fatigue et la complicité d’un couple confronté à la fois à la nature et à ses propres fissures. Isaacs incarne un Moth laconique mais digne, tandis qu’Anderson prête à Ray une énergie inquiète et obstinée. Ensemble, ils font vivre un récit où le véritable enjeu n’est pas la destination, mais la transformation silencieuse qui s’opère en chemin.

Visuellement, le film bénéficie du travail somptueux d’Hélène Louvart, qui capture la rudesse et la beauté changeante des côtes anglaises. La lumière diffuse, les ciels tourmentés et les nuances minérales du paysage deviennent le reflet de l’état émotionnel des personnages. La bande originale de Chris Roe, discrète mais poignante, accompagne cette immersion avec une douceur mélancolique.
Pourtant, tout n’est pas à la hauteur. Le rythme, volontairement lent, flirte parfois avec la langueur excessive. Le scénario, fidèle au livre, se montre prévisible et peine à maintenir une tension dramatique jusqu’à la fin. Certaines séquences, bien que visuellement magnifiques, donnent l’impression de tourner à vide, comme si le film hésitait entre le récit initiatique et la fresque contemplative.
Malgré ces réserves, The Salt Path touche par sa sincérité et par la dignité silencieuse de ses personnages. Ce n’est pas un film de rebondissements, mais une ode aux petites victoires, aux paysages qui apaisent et aux liens qui se renforcent quand tout s’écroule. On en ressort peut-être un peu frustré par sa structure inégale, mais aussi marqué par cette impression tenace: parfois, marcher sans savoir où l’on va est déjà une forme de renaissance.

Si vous avez aimé : One Mile at a Time (2022), Nomadland (2020), Wild (2014), The Way (2010), Into the Wild (2007), The Straight Story (1999)

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