Avignon
Vu
31 juillet 2025 – Caméo (Namur)
Année
2025
Réalisation
Johann Dionnet
Production
Nolita
Casting
B.Lecaplain, A.Wheeler, E.Erka, J.Dionnet, L.Salem
Un rideau de mensonges
Il flotte sur Avignon un doux parfum de nostalgie théâtrale, celui des illusions tenaces et des passions qui s’accrochent, même quand le rideau menace de tomber. En choisissant de situer son premier long métrage au cœur du plus célèbre festival de théâtre du pays, Johann Dionnet signe une comédie romantique estivale, imparfaite mais habitée, où les planches deviennent autant le lieu du mensonge que de la vérité.
Stéphane, comédien à la dérive, accepte de rejoindre une troupe brinquebalante pour rejouer une pièce de boulevard au Off du festival. Lorsqu’un malentendu le fait passer pour l’interprète de Rodrigue dans Le Cid, il s’enferre dans ce mensonge pour séduire Fanny, jeune comédienne du In. Cette trame, à la fois simple et efficace, s’empare avec tendresse des ressorts classiques du vaudeville, entre quiproquos amoureux et mises en abyme théâtrales.

Mais Avignon, au-delà de sa romance prévisible, vaut surtout pour son atmosphère. Tourné in situ ou reconstitué avec soin, le film parvient à capter l’énergie particulière du Festival: ses rues bondées, ses troupes en errance, ses tracts collés à la va-vite et ses artistes accrochés à leurs rêves. La caméra, souvent à l’épaule, restitue cette effervescence, avec des élans sincères et parfois un peu désordonnés, comme la troupe qu’elle accompagne.
On retrouve dans ce théâtre du quotidien une galerie de personnages attachants: le metteur en scène colérique et dépassé, son épouse lucide, les comédiens en quête de reconnaissance ou d’amour. Si Baptiste Lecaplain, en acteur égaré mais attendrissant, trouve un rôle à sa mesure, c’est Johann Dionnet lui-même, dans un second rôle de doux looser sentimental, qui marque les esprits. Son personnage, à la fois ridicule et touchant, incarne une forme d’humanité désarmante, à l’image du film.

La grande réussite de Avignon réside dans sa capacité à dire quelque chose, même par éclats, sur la fragilité des artistes et la frontière poreuse entre le noble et le populaire, le boulevard et le classique, le vrai et le faux. Le film ne tranche pas vraiment mais il observe avec affection les lignes qui se brouillent entre les formes, les vocations et les egos. On regrettera que certaines pistes ne soient qu’effleurées — notamment la réflexion sur les hiérarchies culturelles — et que la mise en scène ne parvienne pas toujours à dépasser le charme brouillon de ses intentions.
Mais malgré ses faiblesses — raccords approximatifs, rythme inégal, ficelles sentimentales —, Avignon possède un cœur indéniable. On y sent un amour réel pour le théâtre, pour ses mots, ses corps, ses illusions et ses coups de fatigue. Ce n’est pas un grand film, ni une révolution du genre. Mais Avignon touche juste dans ce qu’il dit de l’artisanat du théâtre, de la comédie humaine et de la persistance du désir de jouer. Une déclaration d’amour maladroite mais authentique. Comme une tirade qu’on n’aurait pas tout à fait apprise mais qu’on livrerait quand même, parce qu’il faut monter sur scène — encore, coûte que coûte.

Si vous avez aimé : Comédie d’amour (2023), Le Prix à payer (2023), La Vérité (2019), Encore heureux (2016), Molière (2007), Les Acteurs (2000)

Répondre à princecranoir Annuler la réponse.