F1
Vu
29 juillet 2025 – Caméo (Namur)
Année
2025
Réalisation
Joseph Kosinski
Production
Apple TV+
Casting
B.Pitt, D.idris, K.Condon, J.Bardem, T.Menzies
Quand la Formule 1 devient une expérience sensorielle
Spectaculaire, clinquant, maîtrisé: F1 a tout d’un blockbuster de prestige. Sous la houlette de Joseph Kosinski, épaulé par Jerry Bruckheimer et le compositeur Hans Zimmer, ce film aux 250 millions de dollars fait rugir les moteurs et crépite de virtuosité technique. La comparaison avec Top Gun: Maverick – dont il reprend l’équipe et l’esprit – est inévitable: il s’agit d’un pur produit hollywoodien conçu pour l’émerveillement sensoriel, qui remplace les chasseurs par des monoplaces, mais garde le souffle, la structure et l’aura nostalgique d’un divertissement calibré.
L’intrigue s’articule autour de Sonny Hayes (Brad Pitt), légende déchue de la Formule 1, rappelée par son ancien coéquipier Ruben Cervantes (Javier Bardem) pour sauver une écurie au bord de la faillite. Aux côtés du jeune prodige Joshua Pearce (Damson Idris), Sonny reprend le volant dans un monde qui a évolué sans lui. Il y affronte son passé, ses limites, mais surtout l’âpreté d’un sport où même son coéquipier est un rival. Le film suit une trajectoire bien connue du cinéma sportif – chute, retour, dépassement de soi – mais le fait avec assez d’élan et de conviction pour séduire, en grande partie grâce à ses interprètes.

Pitt incarne Sonny avec cette nonchalance magnétique qui lui est propre, mi-cow-boy moderne, mi-icône inoxydable. Son personnage ne traverse pas une véritable transformation – il commence génial et reste génial – mais il impose une présence indiscutable. Face à lui, Damson Idris impressionne en jeune pilote tiraillé entre fougue et humilité. Kerry Condon, en ingénieure en chef, apporte ce qu’il faut de nerf et de retenue pour ancrer l’ensemble. Même si les figures secondaires – comme Bardem ou Tobias Menzies – manquent de profondeur, quelques dialogues bien sentis, dont on devine la patte discrète d’Aaron Sorkin, confèrent à certaines scènes une justesse inattendue.
C’est pourtant sur la piste que F1 joue sa véritable carte maîtresse. Grâce aux caméras 6K spécialement conçues pour résister aux contraintes extrêmes du circuit, le spectateur est littéralement propulsé dans l’habitacle. Le rendu visuel, en IMAX, est d’une intensité rare: le moindre virage, la moindre accélération sont ressentis dans le ventre. Le montage fluide, le design sonore hargneux, la photographie hyper réaliste de Claudio Miranda… tout concourt à faire de chaque course une expérience immersive. Silverstone, Zandvoort, Monza, Spa, Abu Dhabi: la géographie du championnat devient une fresque mondiale survolée à vitesse supersonique.

Certes, le récit reste mince, parfois trop explicatif, et le placement de produit frôle l’indécence. Le film ne cherche ni la critique du milieu ni la complexité narrative. Il flatte la F1 autant qu’il l’encense, sans jamais gratter le vernis. Et pourtant, l’alchimie opère. Le spectateur en quête de frissons y trouvera son compte – à condition de le voir dans une salle à la hauteur du projet. Sur un petit écran, tout ce qui fait sa force s’évapore.
F1 ne révolutionne rien mais assume brillamment son ambition: offrir un divertissement total, généreux et soigné. C’est un bazooka hollywoodien ponctué d’éclats subtils, un fantasme de vitesse parfaitement huilé. Pour les fans de course, un rêve éveillé. Pour les autres, une démonstration de ce que le cinéma peut encore accomplir quand il mise sur la sensation pure.

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