The Phoenician Scheme

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Un récit confus derrière la perfection visuelle

Wes Anderson revient avec The Phoenician Scheme, une fantaisie pastel au charme trouble, qui confirme à la fois sa virtuosité formelle et l’essoufflement d’un style devenu prisonnier de lui-même. Le film, présenté à Cannes, est un labyrinthe d’intrigues absurdes et de caméos énigmatiques, où la forme dicte trop souvent le fond, mais qui réserve néanmoins quelques éclaircies – à commencer par la révélation inattendue de Mia Threapleton.

Le récit se déploie autour de Zsa-Zsa Korda, magnat fantasque et trafiquant d’armes à ses heures, incarné par Benicio Del Toro. Après avoir miraculeusement survécu à plusieurs attentats, il décide de transmettre les rênes de son empire à sa fille Liesl – novice dans un couvent, aussi éloignée que possible des affaires paternelles. Entre héritage maudit, enquêtes filiales et manœuvres économiques grotesques, le scénario fait mine de suivre une trame mais préfère multiplier les parenthèses stylistiques, les tableaux figés et les apartés métaphysiques.

Le charme initial du film tient à sa promesse: celle d’un récit plus limpide que les récents Asteroid City ou The French Dispatch, avec une ligne narrative claire et des personnages plus identifiables. Mais très vite, cette clarté cède la place à une mécanique trop bien huilée, où l’humour pince-sans-rire tourne à vide et où l’accumulation de caméos – Tom Hanks, Scarlett Johansson, Willem Dafoe, entre autres – finit par distraire plus qu’elle ne nourrit le récit.

Visuellement, Anderson reste un orfèvre. Les décors symétriques, les couleurs délavées, les objets soigneusement alignés témoignent d’une main sûre, d’un œil qui n’a rien perdu de sa précision. Mais cette esthétique familière n’étonne plus. Là où The Grand Budapest Hotel transcendait son style par une mélancolie grandiose et un récit poignant, The Phoenician Scheme semble moins concerné par ce qu’il raconte que par la manière dont il le fait.

Quelques instants surnagent cependant. La relation fragile et ambiguë entre le père et la fille, entre quête d’amour et soupçon de trahison, introduit une vraie tension dramatique. Michael Cera, dans le rôle d’un précepteur maladroit et épris, apporte une touche de tendresse décalée. Et Mia Threapleton, dans un rôle central inattendu, impose une présence magnétique. Sa prestation délicate et intérieure donne une densité à un univers souvent trop étouffé par sa propre ornementation.

Anderson persiste ici à construire ses films comme des dioramas: fascinants à contempler mais figés dans leur cadre. The Phoenician Scheme ne manque ni d’intelligence ni de style mais il peine à émouvoir, à troubler, à surprendre. Comme si le cinéaste, conscient de sa virtuosité, ne parvenait plus à s’en affranchir. Reste une œuvre mineure mais soignée, reflet d’un auteur en quête de renouveau – ou en train d’ériger, film après film, le musée somptueux de sa propre nostalgie.

Scénario
1.5/5

Acting
3.5/5

Image
5/5

Son
3.5/5

Note globale
67.5%

Wes Anderson signe un film visuellement impeccable mais marqué par une intrigue confuse et un style parfois étouffant. Malgré une distribution prestigieuse et quelques moments touchants, notamment grâce à Mia Threapleton, le récit peine à captiver émotionnellement. L’œuvre témoigne d’un auteur habile mais prisonnier de ses propres codes, cherchant encore son renouveau.

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  1. Je crois que nous sommes d’accord : très bel objet filmique, mais essentiellement décoratif.

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