Bring Her Back
Vu
10 juillet 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Danny et Michael Philippou
Production
A24
Casting
S.Hawkins, S.Wong, J. Wren Phillips, B.Barratt
Titre
Il arrive que le cinéma d’horreur n’invente rien mais parvienne tout de même à hanter, marquer, captiver. Bring Her Back, deuxième long métrage du duo australien Danny et Michael Philippou, n’a pas la prétention de révolutionner le genre. Il choisit au contraire de s’y enraciner, puis de le contaminer, goutte à goutte, d’une angoisse presque archaïque. Ce n’est pas tant un film à rebondissements qu’une plongée poisseuse dans une psyché fissurée, où la frontière entre affection et obsession, vie et résurrection, mère et bourreau devient imperceptible.
Dans une grande maison isolée, Andy et Piper, frère et sœur récemment orphelins, sont recueillis par Laura, une psychologue au passé trouble, interprétée par une Sally Hawkins métamorphosée. Aux côtés d’un enfant muet aux allures de spectre, les adolescents découvrent peu à peu que leur nouvelle tutrice, derrière sa façade maternelle, dissimule des intentions inavouables. Le deuil de Laura n’est pas terminé – ou plutôt, il est devenu une forme d’incantation. Obsédée par la perte de sa propre fille, elle cherche non pas à combler un vide, mais à le nier, coûte que coûte.

Le film prend racine dans ce deuil non résolu pour bâtir un climat de plus en plus vénéneux. Le scénario, coécrit par Danny Philippou et Bill Hinzman, joue sur l’ambiguïté des intentions et retarde volontairement les révélations, préférant construire une tension étouffante plutôt que d’asséner des chocs. Il en résulte une œuvre plus oppressante que véritablement effrayante, où chaque silence, chaque regard figé, chaque goutte d’eau participe à une montée en pression presque insoutenable.
Sally Hawkins livre ici une performance à facettes: tour à tour fragile, manipulatrice, attendrissante, monstrueuse. Elle n’incarne pas une « méchante » au sens classique du terme, mais une femme dévastée, aux gestes empreints d’une douleur devenue toxique. Ses interactions contrastées avec Piper et Andy révèlent toute l’étendue de sa stratégie émotionnelle: séduction douce, autorité glacée et cette capacité terrifiante à passer de l’un à l’autre sans prévenir.

Les Philippou, derrière la caméra, font preuve d’un réel savoir-faire. Leur mise en scène, moins nerveuse que dans Talk to Me, privilégie les motifs – l’eau, les cercles, les formats obsolètes comme la VHS – pour tisser un imaginaire visuel cohérent, entre rite ancien et mémoire troublée. Certaines séquences, comme celle de la piscine vide ou de la salle de bain saturée de vapeur, évoquent une terreur plus symbolique que frontale: la dissolution de toute frontière, y compris celle entre les vivants et les morts.
Pour autant, Bring Her Back n’est pas sans limites. Si Hawkins écrase littéralement le film par sa présence, les personnages secondaires souffrent d’un traitement plus schématique. Piper, notamment, peine à exister au-delà de son handicap et Andy finit par devenir un messager trop univoque. Le film frôle parfois la répétition dans ses effets de manipulation psychologique et son émotion reste volontairement contenue, presque punitive.
Mais c’est aussi cette sécheresse affective qui le rend marquant. Bring Her Back est un rituel filmique: opaque, douloureux, lentement sacrificiel. Il vous prend à la gorge, puis vous laisse, vidé, devant le reflet sombre d’un amour qui refuse de mourir.

Si vous avez aimé : Talk to Me (2022), Servant (2019), Hereditary (2018), The Babadook (2014), We Need to Talk About Kevin (2011), The Sixth Sense (1999), The Innocents (1961)

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