The Assessment

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Naître ou ne pas naître…

Et si devenir parent relevait d’un privilège sévèrement encadré par l’État ? Dans The Assessment, premier long métrage de Fleur Fortuné, l’instinct de reproduction se heurte à une mécanique de contrôle froid et absurde, au cœur d’un futur ravagé par le changement climatique. Sur fond de dystopie élégante et glaçante, la réalisatrice orchestre une expérience psychologique aussi troublante que fascinante, où la cellule familiale devient un théâtre d’observation clinique et de manipulation latente.

Mia et Aaryan, couple modèle vivant sous un dôme stérile au sommet d’un paysage balayé par les vents, incarnent cette nouvelle élite triée sur le volet. Tous deux scientifiques – lui dans l’intelligence artificielle, elle dans la biotechnologie végétale –, ils aspirent à devenir parents. Mais dans cette société post-effondrement, l’enfant n’est plus une conséquence mais un projet d’État. Pour espérer obtenir l’autorisation de procréer, ils doivent passer par une évaluation d’une semaine, invasive, déroutante et arbitraire. Leur vie entière sera disséquée, du lit conjugal aux repas partagés, sous l’œil placide et intrusif d’une évaluatrice nommée Virginia.

Alicia Vikander livre ici une prestation magnétique et protéiforme. D’abord glaçante de neutralité, elle se transforme en enfant capricieuse, en séductrice impénétrable ou en figure maternelle autoritaire, brouillant sans cesse les repères. Dans une mise en scène feutrée, presque clinique, Fortuné fait basculer le film dans un malaise croissant, jouant avec les codes de la fable sociale, de la satire domestique et du thriller psychologique. Le spectateur, tout comme le couple, ne sait plus ce qui relève du test, du jeu ou de la pure cruauté.

La tension repose aussi sur les performances nuancées d’Elizabeth Olsen et Himesh Patel, dont la dynamique conjugale s’effrite à mesure que l’étrangeté s’installe. Le scénario, ponctué de scènes absurdes — un dîner d’évaluation sociale, une dispute sur la tendresse et des épreuves de rôle parental — interroge avec finesse les normes, les rôles genrés et les fantasmes de perfection qui minent la parentalité moderne.

Visuellement, The Assessment est une réussite. Entre intérieurs aseptisés à la Mondrian et extérieurs désertiques, la direction artistique souligne la tension entre confort technologique et vacuité émotionnelle. La photographie et la musique instillent une atmosphère de dérèglement progressif, renforcée par un montage qui cultive l’ambiguïté jusqu’à la dernière minute.

Mais si le film brille par sa forme et sa montée en tension, il faiblit quelque peu dans son dernier acte, où l’envie d’expliquer l’emporte sur le mystère. L’émotion surgit mais au prix d’un certain relâchement dramaturgique. Il n’empêche: en croisant satire autoritaire, métaphore de la parentalité et vertige existentiel, Fleur Fortuné signe un premier long métrage ambitieux, esthétique et dérangeant, qui pose la plus vieille des questions humaines dans un écrin résolument neuf: sommes-nous faits pour transmettre la vie, et à quel prix ?

Scénario
4/5

Acting
4/5

Image
3.5/5

Son
3/5

Note globale
72.5%

Dans The Assessment, Fleur Fortuné imagine un futur où l’État contrôle rigoureusement le droit de devenir parent. Un couple de scientifiques doit subir une semaine d’évaluations intrusives qui remettent en question leurs relations et leurs valeurs. Porté par des interprétations puissantes, le film mêle habilement satire sociale et thriller psychologique dans une ambiance visuelle froide et oppressante. Malgré une fin un peu explicative, ce premier long métrage interroge avec force les enjeux modernes de la parentalité.

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  1. J’espère que ce film ne sera pas le reflet de la parentalité de demain..

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