The Last of Us S2
Episodes vus
7/7
Année
2025
Réalisation
C.Mazin, M.Mylod, P.Hoar, K.Herron, S.Williams, N.Druckmann, N.Lopez-Corrado
Production
HBO Max
Casting
B.Ramsey, P.Pascal, I.Merced, Y.Mazino, G.Luna, K.Dever
Pas de héros, que des survivants
La deuxième saison de The Last of Us s’aventure sur un terrain aussi brutal qu’introspectif, prolongeant l’univers post-apocalyptique du jeu éponyme tout en réaffirmant sa volonté d’explorer les décombres de l’âme humaine. Plus resserrée, plus audacieuse dans sa structure, elle ose fragmenter sa narration pour offrir des perspectives croisées, quitte à dérouter. Ce choix narratif, s’il risque d’éprouver la patience de certains, révèle une ambition rare: celle de ne jamais sacrifier la complexité morale sur l’autel de la tension dramatique.
L’histoire, toujours marquée par la présence de la violence et de la perte, déploie ici une double trajectoire. D’un côté, Ellie, hantée par la tragédie qui a scellé la fin de la première saison, avance dans un monde qui ne laisse aucune place à la rédemption. De l’autre, Abby, nouvelle venue redoutée et centrale, impose un contrechamp inattendu. Loin de tout manichéisme, le récit défait peu à peu les certitudes pour laisser émerger un champ de ruines affectives où chaque acte trouve sa légitimité… ou son échec. Cette saison interroge avec une gravité impressionnante les cycles de vengeance, les traces laissées par le deuil et la tentation d’une justice violente dans un monde sans repères.

La mise en scène, toujours soignée, s’autorise davantage de silences et de latence. Certains épisodes adoptent un rythme contemplatif, presque suspendu, en contraste avec les éclats de violence sèche et fulgurante qui ponctuent la progression des personnages. Si cette lenteur pourra déconcerter (voire déplaire), elle témoigne d’une confiance en l’écriture et en l’intelligence du spectateur. Visuellement, la série maintient un équilibre subtil entre la désolation des décors naturels et l’intimité des visages: la catastrophe est omniprésente, mais elle reste à hauteur d’homme.
Pedro Pascal, plus en retrait cette saison, laisse une place plus grande à Bella Ramsey, dont l’interprétation gagne encore en intensité. Quant à l’arrivée de Kaitlyn Dever dans le rôle d’Abby, elle insuffle une tension palpable et une humanité troublante à un personnage que le jeu vidéo avait déjà rendu inoubliable. Les deux actrices forment les deux pôles émotionnels d’un récit où la frontière entre victime et bourreau devient aussi trouble que celle entre survie et barbarie.

Plus politique aussi, cette saison s’autorise une réflexion sur les communautés, le fanatisme, la résilience et la peur. Elle refuse les raccourcis, privilégie les zones grises, et pousse à envisager chaque choix comme un fardeau. Dans ce monde ravagé, aucune victoire n’est jamais pure et chaque décision a un coût.
En optant pour une fragmentation narrative qui épouse les failles des personnages, The Last of Us ne cherche pas à plaire, mais à confronter. Moins spectaculaire, plus âpre, elle confirme l’ambition de cette adaptation: faire du genre post-apocalyptique un territoire de deuil, de mémoire et de questionnement moral. Une réussite audacieuse et douloureuse, qui continue de faire de cette série un objet rare.

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